Autour de deux mirifiques sonates de Scriabine jouées par la star du piano Yunchan Lim, les forces de l’Orchestre de Paris proposent des pièces chorales des époux Schumann et de Sibelius mettant en valeur les qualités des jeunes de son Académie, tandis que le Quatuor à cordes n° 8 de Chostakovitch souffre du changement tardif de programme.
Concert de l’Académie du chœur et des musiciens de l’Orchestre de Paris sous la direction de Klaus Mäkelä avec le concours du pianiste Yunchan Lim, à la Philharmonie de Paris.
La brochure de la saison en cours annonçait Yunchan Lim, des musiciens de l’Orchestre de Paris et Klaus Mäkelä au violoncelle pour le seul Quintette pour piano de Schumann. Cette annonce avait suffi à elle seule à rendre sold out cette soirée. Quelques semaines avant le concert, le Schumann fut remplacé par le Quintette de Medtner une rareté mettant encore plus l’eau à la bouche. Il y a quelques jours, la Philharmonie avisait les spectateurs que finalement, le pianiste coréen jouerait en solo deux sonates de Scriabine.
Placée au centre de ce concert sans entracte, son intervention n’en fut pas moins marquante. Figurant parmi les tout premiers chefs-d’œuvre personnel du compositeur russe, la Sonate pour piano n° 3 offre un matériau thématique d’une grande puissance expressive. Yunchan Lim galbe ses phrasés et parvient en même temps à ne pas rendre la rythmique trop obsessionnelle. La beauté de sa sonorité et l’art du rubato contribuent à soutenir l’intérêt tout au long des quatre mouvements.
Il enchaîne sans applaudissements avec la Sonate pour piano n° 4 où l’énergie se fait plus souterraine. Le jeu du Coréen illustre de manière presque surnaturelle les vers écrits par Scriabine comme un programme associé à cette partition : « Sous le voile léger d’un transparent nuage, scintille faiblement une étoile distante et esseulée ». Dans le second mouvement, le discours devient grisant, comme un kaléidoscope harmonique qui s’emballe. L’insistance du public obtient de l’artiste un bis : une très crépusculaire Valse en la mineur op. 34 n° 2.
En première partie de programme, l’Académie du Chœur de l’Orchestre de Paris donnait, sous la direction de Gisèle Delgoulet, Trois pièces pour chœur mixte de Clara Schumann sur des poèmes d’Emanuel Geibel évoquant l’Italie. Des pages à l’écriture d’un formalisme un peu roide, impeccablement interprétées.
Le son s’ouvre, la poétique explose avec une composition de Sibelius, Le Chant de mon cœur, dans sa version pour chœur mixte. Question de qualité mais aussi comme un résultat de la prise en main des jeunes choristes par Klaus Mäkelä qui phrase très long. Le très polyphonique An die Sterne de Robert Schumann confirme cet amour du chant choral.
Enfin, le directeur musical de l’Orchestre de Paris s’associe à trois de ses instrumentistes pour donner le Quatuor à cordes n° 8 de Chostakovitch. Un excellent exercice qui ne peut prétendre rivaliser avec des quatuors constitués. Au violoncelle, le Finlandais semble marcher sur des œufs tandis que le style de Sarah Nemtanu paraît trop fleuri pour cette œuvre. Tout du moins remarque-t-on la présence et le timbre superbes de Francisco Lourenço à l’alto.
En bis, l’inusable Oblivion de Piazzola permet en revanche à chacun de briller, en particulier au violon II Claire Dassesse de montrer elle aussi une sonorité des plus séduisantes.
Thomas DESCHAMPS
Philharmonie, Paris, 13/03/2026
Clara Schumann (1829-1896)
Drei gemischte Chöre (1848)
Jean Sibelius (1865-1957)
Sydämeni lalu (1898, transcr. 1904)
Robert Schumann (1810-1856)
An die Sterne (1849)
Alexandre Scriabine (1872-1915)
Sonate pour piano n° 3 en fa# mineur op. 23 (1897-1898)
Sonate pour piano n° 4 en fa# majeur op. 30 (1903)
Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
Quatuor à cordes n° 8 en ut mineur op. 110 (1960)
Académie du Chœur de l’Orchestre de Paris
direction : Gisèle Delgoulet et Klaus Mäkelä
Yunchan Lim, piano
Sarah Nemtanu, violon I
Claire Dassesse, violon II
Francisco Lourenço, alto
Klaus Mäkelä, violoncelle
