Dans le cadre de La Belle Saison au Théâtre des Bouffes du Nord, le pianiste Gabriel Durliat fait montre d’un engament valeureux dans un programme Liszt un peu fou où la transcription de la Symphonie fantastique de Berlioz précède la Sonate en si mineur. Une demi-réussite qui donne envie de réentendre dans un autre contexte un artiste aux talents foisonnants.
Récital du pianiste Gabriel Durliat dans le cadre de La Belle Saison au Théâtre des Bouffes du Nord, Paris.
À 25 ans, Gabriel Durliat est à la fois compositeur, chef d’orchestre (notamment assistant à l’Ensemble intercontemporain) et pianiste. Ce soir, il se produit sous cette dernière étiquette mais semble vouloir ajouter une casquette supplémentaire, celle de présentateur en prenant (trop) longuement la parole. Un exercice que l’on peut juger complètement inutile d’autant que le programme de salle distribué à chaque spectateur comprend déjà un feuillet écrit par le jeune musicien présentant les œuvres de la soirée ! Rire est certes bon pour la santé, mais les traits d’humour distillés à un public réceptif sont-ils un prérequis souhaitable avant des pièces pour le moins dramatiques ?
Un bref silence et le pianiste égrène les accords introductifs de la Symphonie fantastique de Berlioz dans la transcription de Liszt. Un climat assez extérieur et des couleurs un peu criardes témoignent d’une concentration toute relative. Bientôt le musicien trouve ses marques. L’assurance des doigts et l’infaillibilité de la mémoire impressionnent mais ne parviennent pas à soutenir l’intérêt de manière constante. La faute en partie à la transcription lisztienne qui n’en peut mais quant à la richesse d’orchestration de Berlioz ici inévitablement réduite.
Durliat cherche cependant à en traduire les qualités en variant les attaques autant que possible, parfois en compliquant un peu la ligne comme dans Un bal. Dans les deux derniers épisodes, l’éloquence ne faiblit pas mais le jeu se raidit dans l’emballement pour perdre un peu de ses qualités de suggestion.
De retour après l’entracte pour la Sonate en si, le jeune Français semble avoir pris un peu la mesure de la générosité de l’acoustique des lieux. Si l’on perçoit un plus grand naturel dans son jeu (on imagine que la pièce de Liszt lui est plus familière), on entend encore une certaine précipitation. Les séquences recueillies, dont Durliat a souligné avec justesse en avant-concert qu’elles constituent sans doute la part la plus significative de la partition, pourraient être davantage suspendues.
Devant l’enthousiasme du public, le musicien se montre généreux en offrant avec force commentaires pas moins de quatre bis. D’abord de manière superfétatoire la très récurrente Idée fixe (d’après la Symphonie fantastique) S. 470 n° 1 de Liszt, puis son propre et très réussi arrangement du In Paradisum de Fauré qui a donné le titre de son disque paru l’année dernière chez Scala Music. Suivent une belle étude posthume de Chopin et peut-être un bis de trop après tous ces exploits, la Valse op. 39 n° 15 de Brahms, étirée de manière un peu mièvre.
Thomas DESCHAMPS
Théâtre des Bouffes du Nord, Paris, 23/03/2026
Hector Berlioz (1803-1869)
Symphonie fantastique : épisode de la vie d’un artiste, S. 470 (1833)
Transcription de Liszt
Franz Liszt (1811-1886)
Sonate en si mineur, S. 178 (1852-1853)
Gabriel Durliat, piano
