Messa delle donne

La chose n’est pas courante pour une maison d’opéra : le Requiem de Verdi figure au répertoire de l’Opéra de Zurich depuis 2016, sous la forme d’un ballet chorégraphié par Christian Spuck. Depuis sa création sous la baguette de Fabio Luisi, le spectacle a été repris maintes fois. Si cette année, la reprise est dirigée par Francesco Ivan Ciampa, à Paris la musique seule sans le ballet est présentée par Gianandrea Noseda, directeur musical de la maison suisse depuis 2021. Le chef sexagénaire possède à son répertoire depuis très longtemps cette partition. Autant dire qu’on ne voit qu’un manque de répétitions communes pour expliquer les insuffisances du concert de ce soir.

Avec le début pas très piano de l’Introït, on comprend tout de suite que le chef a une conception plus opératique que religieuse de cette pièce, et pourquoi pas vu l’ambivalence de son écriture. Cela se ressent aussi à l’absence de soin de la prononciation du texte latin par les choristes, et de l’extrême liberté laissée aux quatre solistes à ce sujet. Noseda semble surtout intéressé par l’impact du terrifiant Dies Irae qui s’abat sur la salle Pierre Boulez avec une spatialisation des trompettes placées en antiphonie à l’orchestre et au balcon pour un effet irrésistible.

En regard de cette réussite, il n’est pas possible de lister tous les décalages d’une interprétation pour le moins brouillonne dessinée par une gestique emphatique. À cela s’ajoutent des défauts d’intonation tant chez les choristes (les sopranos dans le Sanctus par exemple) que dans l’orchestre (les violoncelles sortant de la route dans le début de l’Offertoire).

Chez les solistes, la première intervention de Joseph Calleja plombe l’ambiance. Le ténor maltais n’a pas un chat dans la gorge mais la troupe entière des Aristochats. Il essaie ensuite de passer en force dans Ingemisco, mais de nouveau sa voix graillonne bruyamment, comme cela ce sera le cas plus loin, abîmant la tenue les différents ensembles. À sa gauche, la basse David Leigh semble posséder la bonne tessiture et un style d’une sobriété adéquate jusqu’à la dernière partie du Confutatis, où soudainement le chanteur porte la main à son oreille sans éviter de craquer l’aigu.

De manière heureuse, ces fragilités diverses ne se communiquent pas aux dames. Sans avoir une voix des plus séduisantes Agnieszka Rehlis use avec maîtrise totale et sans faute de goût d’un riche mezzo-soprano. Dans l’Agnus Dei, sa voix se marie parfaitement avec le soprano brillant de Marina Rebeka. Cette dernière domine sans conteste le plateau tant dans les ensembles que dans un Libera me crânement assuré jusque dans le dialogue a cappella avec le chœur. Seul le bas médium, inexistant, manque à une interprétation fervente qui nous console du reste.

Thomas DESCHAMPS

Philharmonie de Paris, 22/03/2026

Giuseppe Verdi (1813-1901)
Messa da requiem (1874)

Marina Rebeka, soprano
Agnieszka Rehlis, contralto
Joseph Calleja, ténor
David Leigh, basse

Orchestre et choeur de l’Opéra de Zurich
direction : Gianandrea Noseda