Promesses des fonts baptismaux

Le jour est enfin venu. Celui du premier concert de Philopéra, la formation associative de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Depuis quelques années, une partie de ses membres souhaitait pouvoir donner des concerts en dehors d’un cadre statutaire contraignant. Question de répertoire, de chefs et de liberté tout court. La gestation de ce projet a connu de difficiles circonvolutions pour aboutir à cet événement heureux. Ce soir, l’unanimité s’affiche brillamment entre les musiciens, le directeur de l’Opéra (Alexander Neef) et son futur directeur musical (Semyon Bychkov) : c’est là l’essentiel.

Pour ce galop d’essai, la formation a choisi le répertoire autrichien avec les maîtres Schubert et Mahler, qui, davantage qu’une simple nationalité, partagent un attachement viscéral aux mélodies. Et pour le diriger, le chef britannique Daniel Harding, qui face à un rejet grossier de certains musiciens n’avait pu aller au bout des répétions d’un Così fan tutte en 2005, ce qui place la soirée plus encore sous le signe de la réconciliation.

Pour des musiciens de fosse, le choix de la Symphonie n° 3 de Schubert présente bien des écueils. Certes, l’œuvre présente de superbes contrastes aisément servis par une formation rompue aux changements d’atmosphères, mais les effectifs réduits nécessaires pour cette écriture classique risquent d’exposer à la lumière tout manque de cohésion.

Sous la baguette très précise de Harding, la grave introduction lente à la Haydn ne manque pas de mystère. La justesse des aigus des bois et la cohésion des cordes font bel effet avant que la clarinette solo ne lance la seconde partie caracolante du premier mouvement. La mise en place de la suite force l’admiration. Ne fait défaut peut-être qu’une sonorité plus travaillée et moins mate qui permettrait de souligner plus finement la succession de tonalités étonnantes de la tarentelle finale pour un effet encore plus pétillant.

Après l’entracte, la formation nettement élargie montre beaucoup plus de naturel dans la « Titan » de Mahler. Ici c’est la conception du chef, un mahlérien établi, qui surprend. Une approche plus cérébrale que sensuelle, qui refuse le naturalisme de cette musique : point d’oiseau ou de bruissements d’insectes, ou encore de saveur rustique pour Frère Jacques, mais une admirable transparence des textures qui éclaire sobrement la structure organique de l’œuvre. Cette abstraction fait aussi fi des dimensions sarcastiques de cet univers.

La retenue des tempi ne manque pas d’étonner, y compris dans le Finale, au point qu’on pourrait penser à des précautions. Pourtant Philopéra répond avec beaucoup de virtuosité et de fini orchestral, en particulier le glorieux pupitre de cors. Reste en définitive une seule interrogation : le nombre inévitablement limité de concerts prévus par saison permettra-t-il l’avènement d’une personnification du son plus importante de cette phalange d’exception ?

Thomas DESCHAMPS

Palais Garnier, Paris, 06/09/2026

Franz Schubert (1797-1828)
Symphonie n° 3 en ré majeur, D.200 (1815)

Gustav Mahler (1860-1911)
Symphonie n° 1 en ré majeur « Titan » (1895)

Philopéra
direction : Daniel Harding