Munich 2026 (2) : Seule en scène

Le temps ne fait rien à l’affaire : la mise en scène de Macbeth réalisée par Martin Kušej ne s’est nullement bonifiée avec les ans. Près de dix-huit ans après sa première tumultueuse, ses nombreux défauts paraissent plus saillants que jamais. Si une brume épaisse se dissipe sur un champ de têtes de mort blanchies fait un préambule des plus réussis, la suite déçoit ou consterne, c’est selon. Les grandes bâches façon Dexter qui délimitent l’espace scénique ne connaîtront jamais les giclées de sang qu’elles appellent. Les enfants du Village des damnés de Carpenter ne sont eux aussi qu’une référence plaquée.

Quelques idées comme le chœur (éclairé en ombre chinoise, point trop n’en faut) qui urine, illustrant des propos présents dans la pièce originale, ou comme le berger allemand qui surgit pour happer la tête de Banquo tombée des cintres paraissent séquentielles dans un ensemble qui n’est pas toujours bien réalisé, à l’instar de la scène de copulation générale sous éclairage stroboscopique.

Un travail qui œuvre parfois contre la musique, en faisant chanter à plusieurs reprises les chœurs hors champ, et un travail que les innombrables et interminables baissers de rideau achèvent. D’autant que ces baisses de tension – si jamais cette dernière avait pu s’installer – ne débouchent pas sur des changements radicaux de décors mais seulement sur des petits aménagements, comme la descente d’un gros lustre illustrant le pouvoir politique, autre tarte à la crème de la grammaire opératique.

Trois solistes d’exception justifient à eux seuls cette reprise durant le festival. Pour autant, leur prestation n’atteint pas les sommets espérés. Timbre splendide, le Banquo de Roberto Tagliavini est celui des trois qui pâtit le plus de la direction musicale impérieuse d’Andrea Battistoni. Le chef ne lui laisse aucun espace pour développer la ligne de son chant d’adieu qui perd toute puissance émotionnelle.

Le Macbeth certainement trop châtié de Gerald Finley se fait mieux respecter, avec un air final d’anthologie. Animal scénique comme musical, Asmik Grigorian mène sa Lady Macbeth à sa guise. D’abord un peu convenue dans les vociférations, la soprano, toujours peu soucieuse de diction, devient captivante à partir de La luce langue, pris dans un tempo lent magnétique.

Remplacement annoncé depuis quelques jours, Andrei Danilov fait un Macduff peu idiomatique mais lumineux, malheureusement contredit par une incongruité de la mise en scène qui lui met une laisse autour du cou. Orchestre et chœurs suivent scrupuleusement leur chef qui, hélas, ne semble pas connaître les sortilèges des nuances piano et pianissimo. Une prestation à l’emporte-pièce qui ne convainc que dans l’écriture un peu frustre de la dernière scène.

Thomas DESCHAMPS

Nationaltheater, München, 02/07/2026

Giuseppe Verdi (1813-1901)
Macbeth, melodramma en quatre actes (1865)
Livret de Francesco Piave et Andre Maffei d’après la tragédie éponyme de Shakespeare

Chœur et Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière
direction : Andrea Battistoni
mise en scène : Martin Kušej
décors : Martin Zehetgruber
costumes : Werner Fritz
lumières : Rheinhard Traub
préparation des chœurs : Christoph Heil

Avec :
Gerald Finley (Macbeth), Asmik Grigorian (Lady Macbeth), Roberto Tagliavini (Banquo), Nontobeko Bhengu (Suivante de Lady Macbeth), Andrei Danilov (Macduff), Granit Musilu (Malcolm), Martin Snell (Un médecin), Christian Rieger (Un serviteur, un sicaire), Paweł Horodyski (Première apparition), Iana Aivazian (Deuxième apparition), Soliste du Tölzer Knabenchor (Troisième apparition).