Sondra Radvanovsky triomphe dans Turandot. Dans la version originale, l’Américaine allie puissance et présence dramatique sur un plateau très inégal où la Liù de Golda Schultz fait oublier le Calaf calamiteux de Yonghoon Lee. Avec son univers noctambule interlope, la mise en scène de Carlus Padrissa procède plus par images qu’elle ne conte une histoire horrifique.
Reprise au Festival de Munich 2026 de Turandot de Puccini dans la mise en scène de Carlus Padrissa et sous la direction d’Andrea Battistoni.
Où l’on retrouve Andrea Battistoni, le chef qui a asséné Macbeth la veille. Présent depuis dix ans à l’Opéra de Bavière, le chef né à Vérone se trouve désormais en charge de la majorité du répertoire italien joué dans la maison. Il faut lui reconnaître une attention aux coloris de la musique de son pays : il veille par exemple à ce que les cuivres munichois ne confondent ni Verdi ni Puccini avec Weber ou Wagner. Turandot en est ce soir la démonstration très satisfaisante. Pour le reste, le maestro use une nouvelle fois immodérément des dynamiques les plus élevées.
Un fracas impressionnant qui lasse vite et laisse de côté les subtilités d’une partition plus intimiste qu’il n’y paraît. La très riche écriture des percussions en fait particulièrement les frais. D’une certaine manière, à cette lecture tonitruante répond une scénographie très au premier degré qui ne s’embarrasse pas non plus de subtilités. Quinze ans après sa création, la mise en scène de Carlus Padrissa conserve ses atouts, ses faiblesses et ses manques.
Cette évocation d’une Asie contemporaine qui ne limite pas à la Chine, avec des hockeyeuses très courtement vêtues, ne manque pas ses effets. Comme souvent avec La Fura dels Baus, la cinétique ne se traduit pas par une mobilité théâtrale, et l’on sait désormais que le recours à la technologie 3D tient du gadget. On sera plus sévère avec la mort de Liù : son exécution par empalement paraît moins touchante que son suicide et traduit le peu d’attention à la psychologie des personnages.
Sur le plateau souvent encombré, les chœurs remplissent bruyamment leur office, tandis que Ping, Pang et Pong doivent souvent vociférer pour lutter contre la fosse. Voix de caractère inusable et caméléon, Kevin Conners profite de l’écriture orchestrale retenue pour faire entendre un Empereur halluciné. Christian Van Horn est en service minimum pour Timur, comme s’il abandonnait la partie. En Calaf, Yonghoon Lee pousse une voix engorgée de toutes les manières possibles : coups de glotte, émission tubée ou encore tarzanesque. Lorsque ce piètre acteur ne gueule pas, il affadit les phrases en sanglotant. Voilà un prince culotté qui ose reprocher à la fidèle Liù ses pleurs !
Celle-ci est incarnée de manière sensible dans ce monde de brutes par une Golda Schultz soignant sa ligne lumineuse. Dominant littéralement et musicalement le plateau, la Turandot de Sondra Radvanovsky distille des aigus à l’intonation sans faiblesse. La soprano sait aussi plier sa voix portant les stigmates d’une riche carrière suivant des inflexions bouleversantes, apportant une vérité dramatique à son personnage qui ne reste pas longtemps glaçant.
Thomas DESCHAMPS
Nationaltheater, München, 03/07/2026
Giacomo Puccini (1858-1924)
Turandot, drame lyrique en trois actes (1924)
Livret de Giuseppe Adami et Renato Simoni d’après Carlo Gozzi
Orchestre d’État et chœur de l’Opéra d’État de Bavière
direction : Andrea Battistoni
mise en scène : Carlus Padrissa – La Fura dels Baus
décors : Roland Olbeter
costumes : Chu Oroz
lumières : Urs Schönebaum
vidéo : Franc Aleu
préparation des chœurs : Christoph Heil
Avec :
Sondra Radvanovsky (Turandot), Yonghoon Lee (Calaf), Golda Schultz (Liù), Christian van Horn (Timur), Vitor Bispo (Ping), Tansel Akzybek (Pang), Samuel Stopford (Pong, Le prince de Perse), Kevin Conners (Altoum), Bálint Sabó (Un mandarin).
