La mélancolie de l’espoir

Organisé par le label Harmonia Mundi, le concert de ce soir présente un programme tiré du dernier opus en date de leur projet « Schubert 200 » enregistré par le baryton Samuel Hasselhorn et son complice, le pianiste Ammiel Bushakevitz. L’album comme le récital porte le titre Hoffnung soit « espoir ». Une espérance dont le programme de salle rédigé par les artistes nous rappelle qu’elle coexiste avec « les heures les plus sombres ». 1825 et 1826 sont pour Schubert des années d’insouciance qui n’effacent pas la mélancolie présente dans bien des Lieder composés durant cette période.

Curieusement, les musiciens ne reprennent pas la totalité du programme du disque, en laissant de côté trois mélodies. De rares compositions pour piano seul ont été ajoutées pour ménager des pauses au chanteur. L’ordre du programme a été largement modifié, et l’on s’étonne de voir Hasselhorn se référer de temps à autres à la partition posée sur un pupitre. Signe d’une certaine nervosité chez le chanteur ?

Tout du moins peut-on relever une prestation un rien raidie par rapport à la captation de studio, et aussi une très stricte observance de la barre de mesure qui se communique à son accompagnateur attentif lui aussi moins délié qu’au disque. Voilà pour les (infimes) réserves.

Pour le reste, on s’émerveille d’emblée de la beauté du timbre qui fait penser à du chocolat noir. Une chaleur et une densité qui s’étendent sur un registre important sans que jamais les mots ne soient masqués. Lebensmut en est le meilleur exemple, avec son évocation de la sève qui monte, gonfle, faisant tonner la voix.

Le chanteur sait aussi se montrer d’une introspection rêveuse face à la vie errante (Im Jänner 1817). Les Lieder les plus connus, comme un admirable Der Wanderer an den Mond, se trouvent magnifiées encore par la qualité de la ligne alliée à un rayonnement des mots paraissant venir du plus profond de l’être.

Cet art antithéâtral au possible semble raconter alternativement des sensations spontanées ou des histoires venant du fond des âges. Un unique bis vient récompenser le public enthousiaste : le fervent Im Abendrot D. 799.

Thomas DESCHAMPS

Salle Cortot, Paris, 21/04/2026

Franz Schubert (1797-1828)
Im Freien, D. 880 (1826)
Lebensmut, D. 883 (1826)
Am Fenster, D. 878 (1826)
Über Wildemann, D. 884 n° 1 (1826)
Kupelwieser-Walzer, D. Anh. I/14 (1826)
Krähwinkler Tanz, D. 980 (1826)
Fischerweise, D. 881 (1826)
Ständchen, D. 889 (1826)
Totengräberweise, D. 869 (1826)
Im jänner 1817 (Tiefes Leid), D. 876 (1826)
An Silvia, D. 891 n° 4 (1826)
Der Wanderer an den Mond, D. 870 (1826)
An mein Herz, D. 860 (1825)
Das Zügenglöcklein, D. 871 (1826)
Sehnsucht, D. 879 n° 4 (1826)
Im Frühling, D. 882 (1826)
Wiener Damen-Ländler und Ecossaisen, D. 734 n° 14-18 (1822)
Die Blume und der Quell, D. 874 (1826)
Alinde, D. 904 n° 1 (1827)
Der Vater mit dem Kind, D. 906 (1827)

Samuel Hasselhorn, baryton
Ammiel Bushakevitz, piano