Courant alternatif

Changement de programme : au lieu de Mort et transfiguration de Richard Strauss annoncé dans la brochure de saison de la Philharmonie, Klaus Mäkelä et son autre orchestre, le Philharmonique d’Oslo, présentent la Symphonie n° 6 de Chostakovitch. De ce fait le programme de la soirée se retrouve uniquement consacré au compositeur russe, sans aucune redondance tant cette première œuvre diffère des autres opus symphoniques du maître.

L’orchestre au complet avec son premier violon se lève subitement. Non pas pour l’entrée de son directeur musical, mais pour celle de la reine de Norvège en visite parisienne. Une fois sur l’estrade, Mäkelä entame le long et singulier <I>Largo</I> qui occupe plus de la moitié de cette partition en trois mouvements. Conformément à une tendance stylistique qui l’habite ces derniers temps, le Finlandais joue à fond du legato des cordes.

Il faut dire qu’il n’a pas son pareil parmi ses contemporains pour l’attention portée à ces pupitres et au développement de leur jeu. Sous sa baguette et dans l’acoustique flatteuse de la salle Pierre Boulez, les Norvégiens sonnent comme un superbe orchestre. La plasticité de cette lecture du premier mouvement fait même un peu penser à celle jadis enregistrée par Leopold Stokowski avec l’un des futurs orchestre de Mäkelä, le Chicago Symphony.

Une approche assez superficielle qui s’éloigne sensiblement de l’épure pratiquée par Evgueni Mravinski, un modèle pourtant revendiqué par le jeune chef, qui se montre excessivement prudent en termes de tempo dans le mouvement suivant, un Allegro dont la virtuosité pourrait montrer plus de mordant. Le Presto final se révèle beaucoup plus réussi et rappelle combien l’espiègle Mäkelä était déjà à son aise avec les aspects circassiens de la Suite de jazz n° 2 ici même en mai 2023.

Le début de la Symphonie n° 8 fait un instant craindre une lecture de nouveau réduite à la séduction sonore, mais cette fois, Mäkelä insuffle au vaste premier mouvement une réelle profondeur en sculptant la matière. Il réalise à la perfection la progression du discours vers son climax terrifiant tandis que les solistes de l’orchestre – le cor anglais au premier chef – font honneur à leurs superbes parties.

L’Allegretto qui fait office de scherzo cingle et siffle à souhait. En revanche, l’Allegro non troppo voit le chef singulièrement indulgent avec la discipline orchestrale, sacrifiant la lisibilité de cette toccata car seulement attaché à saturer l’espace avec ses cordes (superbes altos !) et une percussion envahissante. Un débraillement auquel échappe le Largo, beaucoup plus soigné. Le cinquième et dernier mouvement offre une alternance de ces qualités et défauts ce qui ne manque pas d’accuser le décousu de cette fin nécessitant autre chose qu’une binarité un rien lassante.

En dépit d’un accueil chaleureux, le bis présent sur les pupitres n’est pas joué. Les musiciens adressent d’aimables signes de la main à leur souveraine quittant la salle.

Thomas DESCHAMPS

Philharmonie Paris, 20/01/2026

Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
Symphonie n° 6 en si mineur, op. 54 (1939)
Symphonie n° 8 en ut mineur, op. 65 (1943)

Orchestre philharmonique d’Oslo
direction : Klaus Mäkelä