Biennale 2026 (6) : Zum letzten Mahl

C’est la dernière fois. Ses membres ont annoncé l’année dernière que le Quatuor Hagen, créé dans les années 1970, mettrait un terme à ses activités en 2026. Très curieusement, la Biennale de quatuors à cordes n’a pas communiqué à ce sujet, excepté dans le programme de salle où la dernière phrase de la notice biographique mentionne incidemment la fin de parcours.

Non seulement, il reste des places libres ce soir, mais une grande partie du fidèle public des visites parisiennes des Salzbourgeois n’a pu prendre la toute mesure de ce moment unique. Ne changeant rien à leur habitude, les Hagen ont choisi pour cette dernière tournée des programmes variés reflétant un répertoire considérable. À Paris échoient les trois derniers quatuors de Mozart, souvent moins fêtés que les quatuors dédiés à Haydn en raison de leur simplicité apparente et pourtant riches d’une écriture tout en nuances et en transparence.

À ce titre le Quatuor n° 21 pousse l’exercice plus loin que les deux autres avec ses deux premiers mouvements à l’architecture d’une délicatesse presque fragile. Les Hagen respectent à merveille la nuance sotto voce souvent requise, un ton de confidence qui trouve son sommet dans l’Andante avec un dialogue mélodique dépouillé tandis que le Menuetto sonne avec bonhomie. Reflet du souci du compositeur de satisfaire son commanditaire, le roi Frédéric-Guillaume II de Prusse, bon violoncelliste, l’instrument de ce dernier prend progressivement la préséance.

Clemens Hagen se retrouve à la fête dans le dernier mouvement tout comme dans les deux premiers du Quatuor n° 22. Sa sonorité, d’un soyeux inaltérable jusque dans l’aigu fort sollicité, participe à l’enchantement d’autant que ses partenaires prodiguent une égalité de son, un rien plus ténue chez Lukas Hagen, le premier violon, qu’il compense par un art incomparable des phrasés ici déterminants, comme dans le Larghetto se faisant écho des désarrois insondables du compositeur.

Le tragique et la dépression animent encore davantage l’ultime Quatuor n° 23, où les musiciens allient la nervosité de leur archet à l’équilibre savamment modulé au gré des ruptures du discours musical. Enfin dans l’Allegro assai conclusif en forme de rondo, les Hagen font entendre une dernière fois leur maestria technique, en particulier leur fameux sens du rythme qui exhale le parfum unique de Balkans de cette page follement contrapuntique.

En bis, le sublime premier mouvement du Quatuor « Les dissonances », où les musiciens semblent entonner les réminiscences d’une vie bien remplie d’artistes. Le dernier concert des Hagen en France aura lieu le 2 juin prochain à l’Auditorium de Bordeaux.

Thomas DESCHAMPS

Cité de la musique, Paris, 17/01/2026

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Quatuor à cordes n° 21 en ré majeur, K. 575 (1789)
Quatuor à cordes n° 22 en si bémol majeur, K. 589 (1790)
Quatuor à cordes n° 23 en fa majeur, K. 590 (1790)

Quatuor Hagen
Lukas Hagen, violon I
Rainer Schmidt, violon II
Veronika Hagen, alto
Clemens Hagen, violoncelle