Dans une soirée à la Philharmonie consacrée à Schubert, le remplacement de Daniil Trifonov par Martin Helmchen se fait d’abord sentir dans la Sonate pour piano en sol majeur jouée aimablement, avant de déséquilibrer le Chant du cygne, où Matthias Goerne expose pourtant des faiblesses. Le baryton retrouve ses moyens d’antan pour un Doppelgänger inoubliable.
Récital Schubert du baryton Matthias Goerne et du pianiste Martin Helmchen à la Philharmonie de Paris.
Daniil Trifonov a annulé sa participation à la série de trois concerts Schubert qu’il devait donner avec le baryton Matthias Goerne. Martin Helmchen remplace le pianiste russe sans changer de programme. Pour cette dernière soirée principalement consacrée au cycle posthume du Chant du cygne, le pianiste entre d’abord seul en scène d’un pas ralenti par une jambe raide.
Son jeu ne paraît pas en souffrir dans la Sonate pour piano en sol majeur D. 894. Le pianiste allemand y montre un jeu articulé et une sonorité claire et élégante en toutes circonstances. Les quatre mouvements pris dans des tempi adéquats n’offrent pas une caractérisation très marquée. Helmchen procède par accents incessants qui animent le discours mais ne peuvent tenir lieu de ligne. Une lecture sans faute de goût qui passe à côté des enjeux de la sonate.
Après l’entracte, il se montre un accompagnateur attentif de Matthias Goerne. Qualifié de « partenaire historique » du chanteur par le programme de salle, Helmchen semble pourtant hésiter entre la réserve et l’éloquence, avec malheureusement une préférence pour la première comme dans Ständchen, où il ne répond pas vraiment aux appels de chant en miroir. De l’expressivité, Goerne en délivre à revendre, du moins d’un point de vue scénique. Le baryton se balance, s’étire, fait des pointes et ouvre grand ses yeux clairs. Comme pour compenser une matière vocale qui se dérobe désormais.
Le souffle maîtrisé ne peut masquer l’évanescence du timbre. Le contrôle de l’émission se fait au prix de la qualité de la prononciation. Le chanteur plus à l’aise dans le bas médium que dans le haut du registre réussit davantage des Lieder comme Der Atlas. Il peine à offrir la richesse harmonique requise par Herbst qu’il intercale dans le cycle (comme il l’avait fait dans son enregistrement chez Harmonia Mundi). Die Statdt et Am Meer offrent par moments de belles réminiscences. Miracle pour l’avant dernier numéro, Der Doppelgänger : le chanteur s’immobilise, la voix retrouve son timbre et tonne, emplissant toute la salle. À la performance s’ajoute la force irrépressible d’une incarnation retrouvée, terrifiante.
Les musiciens saluent sous les ovations et donnent comme un bis, le dernier numéro du cycle, Der Taubenpost.
Thomas DESCHAMPS
Philharmonie de Paris, 27/03/2026
Franz Schubert (1797-1828)
Sonate pour piano en sol majeur D. 894 (1826)
Schwanengesang D. 957 (1828)
Herbst D. 945 (1828)
Matthias Goerne, baryton
Martin Helmchen, piano
