Le dernier programme de saison de l’Orchestre de Paris avant Aix-en-Provence souffle le chaud et le froid. Une création de Sauli Zinovjev ne convainc pas en dépit de l’engagement des musiciens et de Klaus Mäkelä. Avec l’archet d’Isabelle Faust, le Concerto de Schumann trouve un équilibre miraculeux avant que Roméo et Juliette de Tchaïkovski n’emporte les cœurs.
Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Klaus Mäkelä, avec le concours de la violoniste Isabelle Faust à la Philharmonie de Paris.
Nouvelle commande de l’Orchestre de Paris conjointement avec le Philharmonique d’Helsinki et celui d’Oslo, Taste of Metal du Finlandais Sauli Zinojev se présente comme une symphonie en quatre mouvements déroulée sur quarante minutes. On ne connaît pas l’œuvre du sculpteur Markus Copper (1968-2019) dont le tire d’une rétrospective posthume à Helsinki est ici utilisée par son compatriote.
Usant d’un orchestre pléthorique renforcé par l’orgue, la partition se veut une évocation des mouvements et déflagrations de la terre. Malgré ses climax impressionnants, elle laisse une impression de longueur et surtout le goût d’un langage conventionnel moins inventif et habile que celui d’un Bernard Herrmann (1911-1975) dont on perçoit pourtant l’influence.
Après l’entracte, retour au répertoire classique, bien qu’avec une rareté. Le Concerto pour violon de Schumann traîne une tenace réputation d’œuvre ratée. Il faut reconnaître que sa lyrique reste discrète et que le face-à-face du violon face à l’orchestre et notamment aux cordes (un des écueils du genre) n’est pas toujours des plus heureux.
Ce soir pourtant, nous avons une soliste, Isabelle Faust, dont la ligne non romantique se détache sans peine de l’orchestre dont Klaus Mäkelä tire des prodiges de nuances tant rythmiques que de couleurs, qui culminent dans un Langsam épuré tandis que le dernier mouvement trouve avec ces interprètes inspirés son juste et difficile tempo (animé mais pas rapide). La violoniste régale ensuite le public d’un extrait d’une transcription d’une des Fantaisies pour flûte de Telemann, un répertoire où elle est presque sans égal.
La soirée s’achève avec le Roméo et Juliette de Tchaïkovski, l’un des compositeurs qui siéent le mieux à l’art actuel de Mäkelä. Obtenant de ses musiciens un legato faramineux, le chef donne à la pièce une allure folle plus qu’il ne se complait dans des débordements souvent associés à ce répertoire, en particulier dans le traitement de la percussion, ici parfaitement intégrée à l’ensemble. Et pourtant, l’exaltation amoureuse trouve ici toute son expression avant de s’éteindre dans un climat sobrement funèbre.
Thomas DESCHAMPS
Philharmonie, Paris, 10/06/2026
Sauli Zinovjev (*1988)
Taste of Metal, symphonie pour orchestre (2025)
Robert Schumann (1810-1856)
Concerto pour violon et orchestre en ré mineur, WoO 23 (1853)
Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
Roméo et Juliette, ouverture fantaisie (1880)
Isabelle Faust, violon
Orchestre de Paris
direction : Klaus Mäkelä
