À la tête des forces chorales et orchestrales de Radio France, Mirga Gražinytė-Tyla donne une lecture profondément intériorisée du War Requiem de Britten, privilégiant la clarté des lignes et la spiritualité du discours. Dans la salle Pierre Boulez de la Philharmonie, l’œuvre au message pacifiste trouve un équilibre remarquable entre méditation et puissance dramatique sans ostentation.
War Requiem de Britten sous la direction de Mirga Gražinytė-Tyla à la Philharmonie de Paris.
Quelques semaines après les fracas de la Grande Messe des morts de Berlioz, puis du Requiem de Verdi, à chaque fois à la Philharmonie, des forces considérables sont de nouveau réunies pour déployer l’expressivité, tour à tour spectaculaire et intime, du War Requiem de Britten.
Composé en 1962 pour la réouverture de la cathédrale de Coventry, détruite par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, ce chef-d’œuvre choral du XXe siècle impressionne d’emblée par un climat de recueillement propice à la concentration. L’originalité de l’ouvrage consiste en effet à avoir mêlé le texte liturgique traditionnel à des poèmes du Britannique Wilfred Owen, mort seulement huit jours avant l’armistice de 1918.
Filmé par plusieurs caméras, le concert se déroule devant une salle comble, où les premières paroles du Requiem aeternam sont comme murmurées. La lisibilité des plans sonores, portée par un soin constant des nuances, frappe durablement.
Cette impression de transparence irrigue toute la direction de Mirga Gražinytė-Tyla, qui s’appuie sur l’équilibre entre les pupitres, en refusant tout effet de lourdeur démonstrative. La cheffe lituanienne connaît bien l’ouvrage pour l’avoir dirigé plusieurs fois, notamment avec le City of Birmingham Symphony Orchestra. Même dans les épisodes plus tumultueux du Dies irae, la masse orchestrale ne prend jamais le dessus sur cette éloquence quasi chambriste.
Le Chœur de Radio France n’a pas à forcer son talent pour s’imposer face à l’orchestre. Parmi les solistes, Florian Boesch domine la distribution, en mettant en avant un chant d’une grande clarté de diction, sans jamais forcer l’expression. Son mélange d’intensité et de profondeur humaine, dans les passages les plus décisifs des poèmes d’Owen, touche par sa justesse.
Face à lui, Julien Behr confirme une fois de plus l’intelligence de son approche musicale. Si le timbre est moins chaleureux que celui de son partenaire autrichien, son éloquence porte une aisance naturelle admirablement adaptée au propos. Placée plus en retrait aux côtés du chœur, Elena Stikhina adopte une approche différente, plus affirmée et spectaculaire. La projection puissante de la soprano surmonte sans difficulté les tutti, sans négliger certains effets hypnotiques, notamment dans le délicat Sanctus.
Parmi les moments les plus émouvants figurent les interventions célestes de la Maîtrise, placée dans une galerie latérale hors scène et invisible du public. La pureté du chœur d’enfants apporte une dimension d’innocence et d’espérance, en accord avec les velléités de refus du triomphalisme guerrier. C’est d’autant plus saisissant que Gražinytė-Tyla maintient jusqu’au bout une tension sans emphase, laissant la musique s’élever vers le message final de réconciliation entre les peuples.
Florent COUDEYRAT
Philharmonie, Paris, 12/06/2026
Benjamin Britten (1913-1976)
War Requiem (1962)
Elena Stikhina (soprano)
Julien Behr (ténor)
Florian Boesch (basse)
Chœur, Maîtrise et Orchestre philharmonique de Radio France
direction : Mirga Gražinytė-Tyla
