Avant de partir pour une tournée chinoise, l’Orchestre de Paris et son futur patron donnent un programme d’une belle versatilité stylistique. Si le Concerto pour violon n° 2 de Bartók déçoit du fait d’un Renaud Capuçon peu en phase et si le Don Juan de Strauss se cantonne à sa face conquérante, la Symphonie n° 5 de Sibelius fait l’objet d’une lecture radicale.
Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Esa-Pekka Salonen, avec le concours du violoniste Renaud Capuçon à la Philharmonie de Paris.
Don Juan de Strauss commence sur les chapeaux de roue. Esa-Pekka Salonen obtient des musiciens de l’Orchestre de Paris un état de surexcitation immédiat, une sonorité ultra-brillante presque américaine. L’insatiable désir de conquête s’impose en vérité et en évidence, au détriment des aspects les plus chambristes du poème symphonique. Non pas que les solistes ne donnent toute satisfaction, à l’instar du violon mutin de Sarah Nemtanu ou du hautbois élégiaque d’Alexandre Gattet, mais l’alternance des dynamiques manque quelque peu de fluidité, et surtout l’irrésistible éclat l’emporte trop sur la mélancolie sous-jacente.
Pour la courte introduction du Concerto pour violon n° 2 de Bartók, le chef finlandais instaure un environnement poétique sur lequel le violon de Renaud Capuçon arrive dans un autre état d’esprit où la virtuosité se fait davantage entendre que le chant. Plus celle-ci se fait prégnante, moins la sonorité du Français s’épanouit, se resserrant pour ne plus être qu’incises successives.
Le violoniste ne semble pas vraiment réceptif aux sollicitations orchestrales ni au substrat de cette musique. Le chef quant à lui adopte une approche moirée, beaucoup moins percutante que par le passé – l’enregistrement de 1997 avec Viktoria Mullova. Bref, une interprétation peu fructueuse qui accuse cruellement sa divergence dans l’Andante tranquillo. Capuçon joue en bis l’Étude en sol majeur « Daphné » de Strauss, laquelle n’a rien à voir avec l’opéra éponyme du compositeur.
La soirée prend une autre consistance après l’entracte avec la Symphonie n° 5 de Sibelius. Le chef en propose une lecture à rebours d’une certaine tradition symphonique qui a longtemps prévalu. Avec Salonen, la grammaire rhapsodique prévaut avec une approche organique fondée sur les motifs rythmiques. La matière sonore se fait brute, parfaitement traduite par les Parisiens qui abandonnent l’hédonisme pour un état naturel presque naïf dans l’Andante.
Il est frappant d’entendre (et de voir) que le chef demande dans le Finale aux cordes dominantes non pas une cohésion sans faille mais un élan : ces grues ne participent pas d’une élégante chorégraphie, mais leur vol accompagné des cors puissamment expressifs évoque un monde sauvage intimidant.
Thomas DESCHAMPS
Philharmonie, Paris, 09/04/2026
Richard Strauss (1864-1949)
Don Juan, poème symphonique op. 20 (1888)
Béla Bartók (1881-1945)
Concerto pour violon n° 2, Sz. 112 (1938)
Jean Sibelius (1865-1957)
Symphonie n° 5 en mi bémol majeur, op. 82 (1919)
Renaud Capuçon, violon
Orchestre de Paris
direction : Esa-Pekka Salonen
