Pour son premier concert comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Radio France, Jaap van Zweden affiche quelques lignes de force de son mandat : création contemporaine, musique française et grand répertoire symphonique. Une soirée impeccablement tenue mais inégalement inspirée, où la solidité de la réalisation ne suffit pas toujours à emporter l’adhésion.
Concert inaugural de Jaap van Zweden comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Radio France, avec le concours du violoniste Renaud Capuçon à l’Auditorium de la Maison de la Radio, Paris.
Cette rentrée de l’Orchestre philharmonique de Radio France avait valeur de symbole. Après plusieurs rencontres depuis 2023, Jaap van Zweden prend officiellement les rênes de la formation avec un programme qui résume quelques-uns des territoires de son mandat : création contemporaine, répertoire français, grande symphonie du XXe siècle. Sur le papier, l’équilibre se tient. À l’écoute, la conviction reste plus intermittente.
To See the Sky de Joel Thompson, créé en 2024 par Van Zweden avec le New York Philharmonic, arrive à Paris en création française. Inspirée par un vers de Cécile McLorin Salvant, l’œuvre se présente comme un « voyage non linéaire vers la guérison », du cri primal à l’apothéose finale.
L’ambition est grande, la musique nettement moins : écriture obstinément tonale, crescendi, grands aplats orchestraux, climats immédiatement identifiables. On songe par moments à une musique de film particulièrement illustrative. Le Philhar joue avec professionnalisme, Van Zweden construit efficacement les poussées de l’œuvre, sans empêcher cette succession d’effets de tourner à la bluette symphonique surdimensionnée.
La Sonate pour violon et piano de Ravel orchestrée par Yan Maresz pose une question plus simple : « pourquoi ? ». Le résultat est habile, élégant, parfaitement ravélien de couleur, mais l’auditeur passe surtout son temps à reconnaître le modèle. Renaud Capuçon joue admirablement cette musique ; pourtant, le violon disparaît parfois dans le volume général, comme si la transcription démontrait elle-même la pertinence de l’équilibre original. Van Zweden accompagne avec une direction carrée, très en place, mais peu souple. En bis, Le Chant des oiseaux de Pablo Casals paraît aimable, un peu mièvre et assez étranger à la logique de la soirée.
La seconde partie est plus roborative. Dans la Symphonie n° 5 de Chostakovitch, le chef néerlandais privilégie une conception verticale : battue ferme, articulations nettes, architecture rigoureusement tenue. Le Philharmonique répond avec une belle homogénéité. Cordes tendues et cohésives, bois précis dans les épisodes chambristes, cuivres puissants sans saturation, percussions bien intégrées : l’ensemble est de très bonne facture. La réussite reste pourtant davantage instrumentale qu’interprétative.
L’Allegretto pourrait mordre davantage, le Largo respirer plus librement et le Finale gagner en ambiguïté ce qu’il possède en puissance. Rien ne dérape, mais on attend encore de savoir ce que Van Zweden fera réellement de ce Philharmonique. Dès le 25 septembre, l’acte II de Tristan et Isolde, après l’intégrale donnée cet été à Montpellier, offrira un test plus révélateur, avant Bach et Mahler au printemps. Le public, très chaleureux, semble pour sa part déjà convaincu : première étape accomplie, davantage sous le signe de la maîtrise que de l’évidence.
David VERDIER
Auditorium de la Maison de la Radio, Paris, 11/09/2026
Joel Thompson (*1988)
To See the Sky (2023, création française)
Maurice Ravel (1875-1937)
Sonate pour violon et piano en sol majeur (1927)
Version symphonique de Yan Maresz (*1966) (2015)
Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
Symphonie n° 5 en ré mineur, op. 47 (1937)
Renaud Capuçon, violon
Orchestre philharmonique de Radio France
direction : Jaap van Zweden
