Pour ouvrir sa dernière saison à la tête de l’Orchestre national de France, Cristian Măcelaru choisit de se raconter en musique : Bernstein pour les États-Unis, Saint-Saëns pour la France, Enesco pour la Roumanie. Une idée séduisante, servie par un concert solide mais dont le caractère festif reste quelque peu en retrait. La seconde partie, consacrée à Enesco, convainc davantage.
Concert de rentrée de l’Orchestre national de France sous la direction de Cristian Măcelaru, avec le concours du violoncelliste Nicolas Altstaedt et du Chœur de Radio France à l’Auditorium de la Maison de la Radio, Paris.
Il y a quelque chose d’élégamment autobiographique dans le programme imaginé par Cristian Măcelaru pour cette rentrée du National. À l’orée de sa dernière saison comme directeur musical, avant l’arrivée de Philippe Jordan en septembre 2027, le chef roumain organise la soirée comme un portrait en trois étapes : l’Amérique de Bernstein, où il a construit une part importante de son parcours et poursuit désormais son aventure à Cincinnati, la France de Saint-Saëns, qui renvoie aux années passées à la tête de l’ONF, la Roumanie natale enfin, avec George Enesco.
Radio France présente d’ailleurs explicitement ce programme comme une « carte d’identité musicale » du chef. L’idée est séduisante. Reste que l’on cherche parfois dans la nature même des œuvres ce qui doit faire de cette soirée un véritable concert de rentrée.
Les Chichester Psalms de Bernstein sont abordés avec sobriété, au prix d’un certain effacement de leurs contrastes. Installé dans les sièges de l’arrière-scène, le Chœur de Radio France souffre d’une acoustique peu favorable aux voix, tandis que les solistes placés devant lui restent parfois à la limite de l’audible. Le jeune Eliot Louvet, issu de la Maîtrise, tire en revanche crânement son épingle du jeu dans l’un des passages les plus exposés de l’œuvre, en conciliant ligne, calme et sûreté, malgré les difficultés de projection.
Plus difficile à justifier entre Bernstein et Enesco, le Concerto pour violoncelle n° 1 de Saint-Saëns paraît bien sage. Nicolas Altstaedt, artiste en résidence à Radio France, l’aborde avec un archet court et un son contraint : notes parfois écrasées, résonance parcimonieuse, chant qui peine à s’épanouir. Le geste se détend ensuite sans que la ligne prenne réellement son envol. Le bis éclaire pourtant cette esthétique : rejoint par Raphaël Perraud dans une Sonate pour deux violoncelles de Jean-Baptiste Barrière, Altstaedt affirme son goût pour une sonorité à l’ancienne, droite, peu vibrée, attentive à l’articulation plus qu’à l’expansion du son.
La seconde partie convainc davantage. La Symphonie n° 1 d’Enesco, complexe sans être ésotérique, lyrique sans être vraiment romantique, spectaculaire sans céder à l’effet facile, ne « paie » pas immédiatement. Măcelaru sait toutefois donner de l’élan à sa vaste architecture, maintenir la tension du discours et obtenir du National une belle homogénéité. Les plans restent lisibles malgré l’abondance de la matière, même si l’œuvre demeure parfois alourdie par la profusion de ses idées et le poids de ses ascendances germaniques. C’est là que la soirée trouve enfin son ampleur.
Le public, très enthousiaste, réserve un accueil chaleureux au chef et à l’orchestre : pour cette rentrée en forme d’autoportrait, la Roumanie aura finalement eu le dernier mot.
David VERDIER
Auditorium de la Maison de la Radio, Paris, 10/09/2026
Leonard Bernstein (1918-1990)
Chichester Psalms (1964)
Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Concerto pour violoncelle n° 1 en la mineur, op. 33 (1872)
George Enesco (1881-1955)
Symphonie n° 1 en mi bémol majeur, op. 13 (1905)
Eliot Louvet, soliste de la Maîtrise de Radio France
Olga Listova, soprano
Sarah Breton, alto
Nicolae Hategan, ténor
Carlo Andrea Masciadri, basse
Nicolas Altstaedt, violoncelle
Chœur de Radio France
préparation : Karine Locatelli
Orchestre national de France
direction : Cristian Măcelaru
