Espiègle reprise

Importée à Paris quatre ans après sa création en 2010 au Grand Théâtre de Genève, la mise en scène du Barbier de Séville par Damiano Michieletto poursuit son cours triomphal. En inscrivant sa transposition dans une très vague contemporanéité, le metteur en scène se prémunit des affres du vieillissement prématuré. Pour cette première de la saison et soixantième représentation de la production, l’Italien et son équipe peuvent se présenter fièrement devant le public et recevoir leur part d’applaudissements reconnaissants.

Un travail qui conte l’histoire avec une simplicité rafraîchissante, avec un décor certes imposant et tournoyant, l’immeuble où résident le docteur Bartolo et sa pupille Rosina, qui jamais ne vient écraser les personnages. On sait gré aussi au maître d’œuvre de savoir adapter sa direction d’acteurs pourtant ultra précise à des individualités ici renouvelées par rapport à la reprise de 2025. Michieletto va même jusqu’à adapter le poster affiché dans la chambre de l’ado-héroïne, ici un grand portrait de Robert Redford.

Rosine, c’est Lea Desandre. Depuis sa prise de rôle en 2019 à Rouen, la voix a gagné en présence et en projection et l’artiste acquiert progressivement ses galons de comédienne, en proposant une personnification crédible, notamment par ses accents espiègles. Au point qu’on lui pardonne des vocalises parfois simplifiées. Une réussite qui devrait s’amplifier au fil des représentations.

Face à elle, Jack Swanson, précédé d’une réputation flatteuse, se montre traqueur et rate l’entrée d’Almaviva (Ecco, ridente in cielo). Rapidement la voix se place parfaitement dans les récitatifs et dans les ensembles, avec un haut médium solide qui ne renie pas ses origines américaines. Le comédien transcende complètement un physique passe-partout qui se prête aux travestissements, mais le chanteur reste nerveux jusque dans le périlleux mais ici précautionneux Cessa di più resistere. Gageons que le ténor trouvera rapidement ses marques dans cette production très physique où les petits rôles se montre savoureux, à l’instar du Fiorello d’Amin Ahangaran et de la Berta d’Isobel Anthony.

En Basilio parfaitement terre-à-terre, Adolfo Corrado pourrait s’émanciper davantage. Sans atteindre tout à fait l’irrésistible vis comica de Carlo Lepore, le Bartolo de Nicola Alaimo est un modèle de bon goût et de style, laissant l’irrésistible Figaro de Huw Montague Rendall le déborder. D’une folle énergie, le malicieux baryton sait varier les registres, imposer une présence vocale, distiller une ligne de chant élégante.

Enfin, depuis la fosse, Jader Bignamini veille sur les chanteurs pour leur apporter un soutien chaleureux et les entraîner dans les folles accélérations des ensembles. Pour leur toute première soirée de la saison, les forces de l’Opéra de Paris passent pratiquement tous les écueils et promettent le succès à cette longue série qui verra un renouvellement partiel de sa distribution à partir du 24 octobre.

Thomas DESCHAMPS

Opéra Bastille, Paris, 12/09/2026

Gioacchino Rossini (1792-1868)
Il Barbiere di Siviglia, opéra buffa en deux actes (1816)
Livret de Cesare Sterbini d’après Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais

Chœurs et Orchestre de l’Opéra national de Paris
direction : Jader Bignamini
mise en scène : Damiano Michieletto
décors : Paolo Fantin
costumes : Sylvia Aymonino
éclairages : Faboi Barettin
préparation des chœurs : Alessandro Di Stefano

Avec :
Jack Swanson (Il Conte d’Almaviva), Nicola Alaimo (Bartolo), Lea Desandre (Rosina), Huw Montague Rendall (Figaro), Adolfo Corrado (Basilio), Amin Ahangaran (Fiorello), Isobel Anthony (Berta), Hyunsil Zee (Un ufficiale).