Avant de partir pour une vaste tournée asiatique, l’Orchestre philharmonique de Radio France et Jaap van Zweden donnent un programme rappelant ceux qu’affectionnait Marek Janowski. Dans le Concerto pour piano n° 21 de Mozart, Mao Fujita brille sans nuance. Ici comme dans la Symphonie n° 7 de Bruckner qui suit, van Zweden se montre sculpteur de la matière orchestrale.
Concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Jaap van Zweden, avec le concours du pianiste Mao Fujita à la Philharmonie de Paris.
Une marche altière ouvre le Concerto pour piano n° 21 en ut majeur de Mozart. Sous la direction de son directeur musical, Jaap van Zweden, l’Orchestre philharmonique de Radio France sonne à la fois de manière généreuse et avec une tenue irréprochable. Les phrases ont un caractère affirmatif assumé, et le piano entre avec le même éclat. Mao Fujita projette une sonorité ronde et radieuse. Les proportions et les nuances sont respectées, mais on cherchera en vain des ombres à ce chant sans arrière-pensée, à l’image du trille conquérant.
Le difficile passage contrapuntique file sans encombre sous les doigts du virtuose japonais tandis que la cadence détonne quelque peu par un style qui sort indéniablement du cadre XVIIIe. Le célébrissime Andante, joué dans le juste tempo, épate par sa plastique et son équilibre, le chef mettant en scène les sublimes modulations. Fujita, dont le toucher semble ici impavide, ne répond pas vraiment aux sollicitations plus nuancées de l’orchestre. Le rondo final est des plus brillants mais de nouveau le soliste joue une cadence de son propre cru (Mozart n’en n’a point composé pour ce concerto), qui cette fois ferait presque penser à du Gottschalk ! Son jeu ailé passe un peu à côté du bis qu’il offre, une décousue Sérénade en sib mineur op. 3 n° 5 de Rachmaninov.
Pour la Symphonie n° 7 en mi majeur de Bruckner qui suit après l’entracte, Van Zweden use d’un effectif aux cordes plantureux avec pas moins de neuf contrebasses comme c’est l’usage au Philharmonique de Berlin. Si le chef batave tient admirablement la balance de sa formation sans jamais noyer la musique, sa lecture ne s’intéresse pas aux aspects éthérés de la partition, à l’instar du début de l’Allegro moderato qui sonne avec une intensité presque immédiate. Les phrases s’enchaînent sans temps mort et sans pathos, avec comme dans Mozart une qualité plastique proéminente. Au fur et à mesure, une question se pose de manière insistante : comment le chef respire-t-il ?
L’Adagio qui tire ici vers un Andante échappe à toute dimension spirituelle et s’admire comme un objet abstrait avec son opposition des cors et des Tuben répartis de part et d’autre de l’orchestre. Le caractère volontaire de cette direction s’affirme encore plus dans les deux derniers mouvements. Une interprétation-démonstration qui ne laisse pas toujours suffisamment d’espace pour l’auditeur.
Thomas DESCHAMPS
Philharmonie, Paris, 29/04/2026
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Concerto pour piano n° 21 en ut majeur, K. 467 (1785)
Anton Bruckner (1824-1896)
Symphonie n° 7 en mi majeur (1883)
Mao Fujita, piano
Orchestre philharmonique de Radio France
direction : Jaap van Zweden
