En faisant entendre successivement chaque jour des formations certes très différentes, la Biennale de Quatuors à cordes suscite de facto une inévitable mise en concurrence. Dans un beau programme, le jeu des Casals souffre, tant dans sa technique que dans son approche, de la comparaison avec les ensembles qui les ont précédés ou suivis sur cette même scène.
Concert du Quatuor Casals dans le cadre de la Biennale de Quatuors à cordes 2026 à la Cité de la Musique, Paris.
Les Casals sont venus avec une pièce du répertoire hispanique peu jouée au concert en France. Le court quatuor La oración del torero de Turina, qu’ils ont enregistré en 2006 pour Harmonia Mundi, appartient au genre descriptif et évoque les instants passés dans une chapelle par un torero juste avant d’affronter le danger de l’arène. Le jeu distancié des musiciens confère à cette musique élégance et travaille les charmes harmoniques d’une partition écrite à l’origine pour un quatuor de luths « bandurrias ».
Il y a également un peu d’insouciance distanciée dans le Quatuor n° 3 de Chostakovitch qui suit, mais aussi l’expression de sentiments antagonistes voire de révolte. Le jeu égal du Quatuor Casals peine à faire partager ces derniers aspects. À l’instar du violoncelle impavide d’Arnau Tomás qui ne varie jamais ni ses attaques ni ses phrasés, les musiciens passent à côté de cette musique plus riche en couleurs et en nuances qu’ils ne nous la font entendre.
Après l’entracte, le Quatuor n° 15 de Schubert montre hélas une même sonorité générique. Le conflit assez beethovénien qui anime le premier mouvement manque singulièrement de nuances. Dans l’Andante les reprises thématiques à l’identique déçoivent. Le Trio du Scherzo sonne comme une berceuse. Durant ce mouvement, le premier violon commence à détonner, accident fortuit. Étonnamment, Vera Martínez Mehner ne profite pas toutefois de la pause avant l’Allegro assai pour se réaccorder.
Dès lors, l’écart s’amplifie et les oreilles saignent dans cette course à l’abîme, et ce n’est que vers la fin que la violoniste cherche à se mettre au diapason. Pour le bis, une sobre adaptation de la première fugue du Clavier bien tempéré de Bach, le premier violon cède sa place au second.
Thomas DESCHAMPS
Cité de la Musique, Paris, 14/01/2026
Joaquín Turina (1882-1949)
Quatuor à cordes « La oración del torero », op. 34 (1925)
Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
Quatuor à cordes n° 3 en fa majeur, op. 73 (1946)
Franz Schubert (1797-1828)
Quatuor à cordes n° 15 en sol majeur, D. 887 (1826)
Quatuor Casals
Vera Martínez Mehner, violon I
Abel Tomàs, violon II
Cristina Cordero, alto
Arnau Tomás, violoncelle
