Le Quatuor Leonkoro fait de sa troisième biennale un triomphe. Réunissant le Quatuor n° 14 de Schubert et celui de Beethoven, leur programme montre une intelligence et une maturité de jeu qui les placent très haut parmi les ensembles en activité. L’intégration réussie d’une jeune recrue promet en outre des jours heureux à la formation.
Concert du Quatuor Leonkoro dans le cadre de la Biennale de Quatuors à cordes 2026 à la Cité de la Musique, Paris.
La précision de l’attaque rythmique et la respiration qui s’en suit laissent présager un grand concert. De fait, les Leonkoro, dont c’est la troisième biennale reviennent en pleine forme. 2022 avait été un choc avec un Ravel et un Schumann d’une musicalité de rêve. Janáček et Brahms avaient moins convaincu en 2024, il est vrai dans l’acoustique étroite de l’Amphithéâtre. Ce soir, le quatuor « La Jeune Fille et la Mort » de Schubert s’épanouit sous leurs archets.
On ne relève pas tout de suite que le second violon a changé, tant la nouvelle musicienne qui remplace désormais Amelie Cosima Wallner semble intégrée à l’ensemble aussi bien du point de vue de la conception que de la sonorité. Emiri Kakiuchi, 19 ans, vient de rejoindre le Quatuor Leonkoro il y a tout juste quelques jours, et son jeu possède une grâce ne trahissant aucune nervosité.
Il est vrai que les Leonkoro font confiance à la musique de Schubert, et jamais ils n’en soulignent l’armature. Les musiciens abordent avec simplicité l’Andante ; les amateurs de pathos en seront pour leurs frais. Dans les variations, y compris dans la troisième, le violoncelle de Lukas Schwarz se montre prodigue en états d’âme subtils. Son frère Jonathan, le premier violon, s’élève avec légèreté dans la quatrième. La virtuosité de l’ensemble dans le Scherzo et plus encore dans le Presto conclusif ébouriffent l’oreille, telle une hallucination en pleine lumière.
Le climat se densifie en seconde partie de soirée avec le Quatuor n° 14 de Beethoven. Là encore, les Leonkoro font confiance à l’extraordinaire unité organique de ces sept parties « volées de ci, de là, et mises ensemble » (le compositeur à son éditeur). D’une sonorité plus vibrée que chez Schubert, les musiciens atteignent un état idéal entre cohésion et liberté, tant et si bien qu’on ne saurait définir un rôle particulier à chacun.
Cœur du chef-d’œuvre, l’Andante aux sept variations devient un bréviaire du renouvellement du discours musical ménageant nombre de surprises amenées ici avec un naturel confondant. Au Presto juvénile et farceur s’enchaîne un court Adagio d’une désolation frisant la déconstruction, avant que les Leonkoro ne nous entraînent dans les tréfonds de l’Allegro final où les échappées lyriques d’une beauté tangible nous sont arrachées de manière implacable. Magistral !
Thomas DESCHAMPS
Cité de la musique, Paris, 12/01/2026
Franz Schubert (1797-1828)
Quatuor à cordes n° 14 en ré mineur D. 810, « Der Tod und das Mädchen » (1824)
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Quatuor à cordes n° 14 en ut# mineur, op. 131 (1826)
Quatuor Leonkoro
Jonathan Schwarz, violon I
Emiri Kakiuchi, violon I
Mayu Konoe, alto
Lukas Schwarz, violoncelle
