L’Orchestre de Paris et Klaus Mäkelä accueillent le pianiste Nobuyuki Tsujii. La Truite de Schubert comme le Concerto de Grieg exposent une complicité précieuse culminant dans les moments les plus lyriques. Par ailleurs, la Titan de Mahler permet de faire le point sur le partenariat entre chef et orchestre, presque cinq ans après l’arrivée du prodige finlandais à Paris.
Concerts de l’Orchestre de Paris sous la direction de Klaus Mäkelä, avec le concours du pianiste Nobuyuki Tsujii à la Philharmonie de Paris.
Présent pour quatre concerts à la Philharmonie, le pianiste Nobuyuki Tsujii avait commencé par une séance de musique de chambre en participant à une Truite de Schubert en compagnie de quelques membres de l’Orchestre de Paris. Dans l’acoustique glougloutante du Studio, une version parfaitement déliée du quintette pour piano. Sous la houlette du violoniste Eiichi Chijiwa, dans une forme éblouissante, l’ensemble a fière allure, avec la contrebasse aérienne et savoureuse de Vincent Pasquier, dont on apprend qu’il vient de partir à la retraite.
Tsujii s’intègre rapidement à un cadre élégant. Ses trilles d’une grande beauté atteignent le sublime à la fin du premier mouvement. Dans l’Andante, l’alto d’Estelle Vilotte gagne en assurance. Le Scherzo montre une cohésion sans faille. Le fameux mouvement à cinq variations permet de goûter à la mélancolie du violoncelle de Klaus Mäkelä et surtout d’apprécier l’éloquence mélodique des cinq musiciens. L’Allegro giusto dispense le même équilibre allié à une véritable joie de jouer ensemble.
Ce plaisir musical se trouve prolongé deux jours plus tard dans la salle Pierre Boulez, où le pianiste japonais et le chef finlandais se retrouvent pour le Concerto pour piano de Grieg. Tsujii s’y montre moins vigoureux que coloriste. Mäkelä répond avec une formation d’une plastique irréprochable. Le lyrisme atteint un sommet dans un Adagio où les cordes parisiennes apportent leur part de rêve et où soliste et orchestre dialoguent avec tendresse avant que le dernier mouvement, à la rythmique populaire ici peut-être trop stylisée, débouche sur des cascades virtuoses et colorées.
Le pianiste récompense les ovations du public par deux bis d’une rare qualité. La Marche des trolls de Grieg trouve sous ses doigts tout le vertige d’une vision truculente tout devenant solaire pour son épisode lyrique central. Enfin, démonstration de bon goût et d’une culture foisonnante, le pianiste nous régale de la Valse romantique de Déodat de Séverac.
Après l’entracte, Mäkelä et son orchestre reviennent sur la Symphonie n° 1 de Mahler déjà au programme du concert de prise de fonction du jeune chef en septembre 2021. Si comme alors, le Finlandais fait lever les cors dans le Finale, pour le reste son interprétation expose nombre de différences sans doute révélatrices de son évolution comme celle des musiciens.
L’ensemble dispense désormais tout d’abord une perfection instrumentale éblouissante, au sacrifice d’une certaine improvisation sinon d’une certaine poésie sonore. Le premier mouvement y perd en mystère ce qu’il gagne en termes de réalisation des plans sonores. Le troisième avec un rubato bien moindre qu’en 2021 fait disparaître les figures de Jacques Callot pour laisser la place à une tristesse inexorable. Le Finale vraiment « titanesque » ne fait aucun de doute, Mäkelä se prépare avec éclat à la brillance de son futur musical.
Thomas DESCHAMPS
Philharmonie, Paris, 04/05/2026
Franz Schubert (1797-1828)
Quintette avec piano en la majeur op. 114 D. 667 « La Truite » (1819)
Nobuyuki Tsujii, piano
Eiichi Chijiwa, violon
Estelle Vilotte, alto
Klaus Mäkelä, violoncelle
Vincent Pasquier, contrebasse
Philharmonie, Paris, 06/05/2026
Edvard Grieg (1843-1907)
Concerto pour piano en la mineur op. 16 (1868, rév. 1907)
Gustav Mahler (1860-1911)
Symphonie n° 1 en ré majeur « Titan » (1888, rév. 1903)
Nobuyuki Tsujii, piano
Orchestre de Paris
direction : Klaus Mäkelä
