Akhnaten ensablé

Certaines soirées paraissent plus longues que d’autres, certaines chroniques sont plus difficiles à écrire que d’autres. Même si Akhnaten n’a pas la portée des chefs-d’œuvre de Philip Glass, on se faisait une joie d’entendre cette évocation du pharaon qui a tenté d’imposer le monothéisme. On se consolait à l’avance d’une version de concert en se disant que les artistes y trouveraient du confort tant cette musique exige une concentration et une précision d’exécution peu communes. Las…

La-do-mi-la-do-mi… Une fois passé le long prélude initial retentit la voix de la légendaire Lucinda Childs, salement amplifiée à la manière d’une annonce d’aéroport. Non seulement le texte devient incompréhensible mais la chorégraphe et amie de longue date du compositeur ne propose qu’une lecture d’une neutralité désarmante, surtout préoccupée par ses entrées qu’elle rate presque systématiquement comme si elle jouait à Peekaboo avec le chef répétant ses signaux comme dans un sketch comique. Léo Warynski a pourtant fort à faire par ailleurs.

Sa gestique très souple produit de beaux effets sur les Chœurs de l’Opéra de Nice, que ce soit lors des funérailles d’Amenothep III ou de l’attaque et de la chute de la nouvelle capitale. Warynski n’obtient rien de comparable de l’Orchestre philharmonique de Nice. Le jeu des cordes (sans violons comme il se doit) se contente d’une répétition certes inéluctable mais transpirant l’effort. Les vents se greffent maladroitement sur ce tapis immuable. Les percussions déliées sonnent grassement. Les modulations se figent et ce désert plat ne montre même pas un mirage. Sur le devant de la scène, les chanteurs s’intègrent plus ou moins bien à l’ensemble.

À la droite du chef, Frédéric Cornille, Frédéric Diquero et Vincent Le Texier font leur office de manière efficace. À gauche, la première intervention conjointe de la famille royale tourne à la cacophonie, chacun chantant dans une tonalité distincte. Dans le rôle de la reine Tye, Patrizia Ciofi semble cueillie à froid. Elle se reprend ensuite mais n’a pas toujours la dextérité requise par l’écriture. En Néfertiti, Julie Robard-Gendre offre quant à elle une intonation exempte de reproche et sa belle voix apporte bien des consolations.

Reste le cas de l’Akhenaton de Fabrice di Falco : le contre-ténor arrive dans une tenue saisissante, robe androgyne d’une moire noire, maquillage, bijoux et coiffe à la Jessye Norman. La présence scénique renvoie directement au hiératisme antique et la projection de sa voix impressionne, au détriment de la ligne et des subtilités. Le duo avec sa mère évoque des exercices respiratoires, celui avec son épouse se parant de plus de sensualité. De manière heureuse, le très périlleux grand hymne au soleil ne manque pas son effet.

Thomas DESCHAMPS

Philharmonie, Paris, 25/10/2025

Philip Glass (*1937)
Akhnaten, opératorio en trois actes, avec prologue et épilogue (1983)
Livret du compositeur et de Shalom Goldman, Robert Israel et Richard Riddell

Chœurs de l’Opéra de Nice
préparation : Giulio Magnanini
Orchestre philharmonique de Nice
direction : Léo Warynski

Avec :
Lucinda Childs (Amenhotep, un scribe, un guide), Fabrice di Falco (Akhnaten), Julie Robard-Gendre (Néfertiti), Patrizia Ciofi (La reine Tye), Frédéric Cornille (Horemhab), Frédéric Diquero (Le grand prête d’Amon), Vincent Le Texier (Aye).