Concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Jaap van Zweden avec la pianiste Alice Sara Ott à l’Auditorium de Radio France, Paris.
En cours de tournée, le Philharmonique de Radio France et son futur directeur musical Jaap van Zweden font halte à la maison pour un concert brillant où une nouvelle pièce d’Escaich et le Concerto en sol de Ravel offrent le meilleur d’un certain esprit français. Des extraits de Roméo et Juliette de Prokofiev révèlent le tempérament de feu d’un chef qui peut parfois céder à quelques excès.
Auditorium de la Maison de la Radio, Paris – 19 octobre 2025 – Thomas Deschamps
Thierry Escaich nourrit son écriture de multiples références. Ses Arising Dances, données pour la première fois en France dans ce programme et reprises ce dimanche, en sont une nouvelle démonstration. Trois danses, pensées comme trois personnages de roman se croisant, y mêlent valse, baroque, musique religieuse et disco, traversées d’effets de lumière et de couleur que le compositeur compare à une toile de Turner. En une douzaine de minutes, une progression savamment construite tient l’auditeur en haleine.
Les musiciens du Philharmonique de Radio France et Jaap van Zweden, leur futur patron, tirent parti d’une orchestration magistrale où la puissance expressive du grand orchestre n’a rien de gratuit. La dernière danse, irrésistiblement proche du Mambo de Bernstein, s’alourdit peut-être d’une polyphonie très dense. L’ensemble, avec ses réminiscences ravéliennes dans la valse initiale, prépare idéalement au Concerto en sol.
Dans ce dernier, Alice Sara Ott impose un toucher léger et subtil, oscillant entre jeu et rêverie. L’orchestre adopte une grammaire d’un idiome français savoureux, tandis que Van Zweden veille à ne jamais couvrir une soliste souvent évanescente mais toujours expressive. En bis, elle offre une Gymnopédie n° 1 de Satie d’un dépouillement émouvant.
La seconde partie voit Jaap van Zweden pousser les murs de l’Auditorium. Montaigu et Capulet, premier des neuf numéros extraits des suites de Roméo et Juliette, fait presque vibrer les fondations. Orchestre et chef ne font plus qu’un, déployant un son dense et saturé de couleurs. Les pièces s’enchaînent avec leur propre caractère, notamment des Masques à l’ironie incisive.
Le chef néerlandais force parfois le trait : appuis lourds dans le Menuet, phrases étirées ou précipitées. L’expressivité demeure continue, mais pas toujours renouvelée, notamment dans Roméo au tombeau de Juliette ou dans une Mort de Tybalt impressionnante mais un peu trop dépensière trop tôt. Malgré ces excès, la soirée séduit par ses superbes soli, jamais forcés.
En bis – probablement prévu pour la tournée – la Danse slave n° 8 op. 46 de Dvořák éclate comme un bastringue débridé, rappelant que l’engagement ne remplace pas le style.
Auditorium de la Maison de la Radio, Paris – 19 octobre 2025 – Thomas Deschamps
Programme :
Thierry Escaich – Arising Dances (2021)
Maurice Ravel – Concerto pour piano en sol majeur (1931) – Alice Sara Ott, piano
Sergueï Prokofiev – Roméo et Juliette, extraits des suites op. 64 bis et ter (1946)
Orchestre philharmonique de Radio France – Direction : Jaap van Zweden
