Directement arrivés de Londres où ils se sont produits pour la toute première fois aux Prom’s, l’Orchestre du Met et son directeur musical Yannick Nézet-Séguin ouvrent de manière tonitruante les Prem’s de Paris. De ce programme Richard Strauss joué sans finesse aucune, on ne retiendra que la prestation sculpturale d’Elza van den Heever dans la scène finale de Salomé.
Premier concert de l’Orchestre du Metropolitan Opera de New York, avec le concours de la soprano Elza van den Heever et sous la direction de Yannick Nézet-Séguin aux Prem’s de la Philharmonie de Paris.
Pour sa deuxième édition, le festival des Prem’s de la Philharmonie de Paris accueille Yannick Nézet-Séguin et le Metropolitan Opera Orchestra, l’un des trois orchestres dont il a la charge. Les musiciens ont joué la veille dans le gigantesque Royal Albert Hall de Londres. On voudrait y voir une circonstance atténuante à la débauche de décibels dont ils saturent la salle Pierre Boulez dès les premières mesures de la Suite du Chevalier à la rose de Strauss.
Plus encore que de faire saigner les oreilles, les New-Yorkais donnent à entendre un déséquilibre permanent entre les pupitres, même si chacun rivalise de puissance. Leur chef n’a cure ce soir de veiller à la balance orchestrale et laisse les cuivres manger la partition – un crime que le compositeur aurait certainement désapprouvé. Pour ne rien arranger, les valses qui forment de leur cœur cette suite sont à la fois affadies par une direction très lisse, peu articulée et par une rythmique défaillante (la caisse claire !).
Nézet-Séguin a en revanche la bonne idée de faire commencer la scène finale de Salomé un peu avant la déflagration qui signe la remise de la tête du prophète à la fille d’Hérode. Les contrebasses du Met peignent avec talent l’attente fiévreuse de la princesse qui cherche à entendre le bourreau faire son office. Présence immense amplifiée par des poses théâtrales, Elza van den Heever use de sa voix comme d’une lame. Cet effet foudroyant ne trouve pas tout à fait son écho dans l’orchestre, plus massif que tranchant. La soprano sud-africaine ne désarme pas tout au long de son monologue halluciné. Le métal de sa voix n’est sans doute pas celui d’une jeune fille, mais l’art impérieux du récit s’allie à la justesse impeccable des aigus qu’elle parvient à filer à la perfection. Dommage que le chef, tout à sa partie luxuriante, la couvre sans égard à de trop nombreuses reprises dans une surenchère peu lisible.
De manière heureuse, le Québécois revient à une balance orchestrale un peu plus maîtrisée après l’entracte pour Une vie de héros. On peut alors admirer par exemple la formidable virtuosité des vents dans le deuxième épisode (Les adversaires du héros) ou la superbe musicalité du violon châtié de Benjamin Bowman dans ses trois interventions. Nézet-Séguin tombe en revanche dans plusieurs des nombreux pièges de cette partition, en particulier en ne gardant pas un tempo assez allant dans les sections plus calmes qu’il sentimentalise à l’excès, tandis que les faits d’armes sonnent très au premier degré sans une once de l’humour qu’a pu y mettre le compositeur. La Renonciation du héros s’achève sous sa baguette dans une boursouflure malvenue. Pour le bis, Elza van Heever revient gratifier le public d’un Zueignung enchanteur.
Thomas DESCHAMPS
Philharmonie, Paris, 01/09/2026
Richard Strauss (1864-1949)
Der Rosenkavalier Suite, Trv 227d (1910, arr. Rodzinski 1944)
Salomé (scène finale) (1905)
Ein Heldenleben, op. 40 (1898)
Elza van den Heever, soprano
The Met Orchestra
direction : Yannick Nézet-Séguin
