Pour leur deuxième concert aux Prem’s, l’Orchestre du Met et son chef Yannick Nézet-Séguin retrouvent la balance indispensable à la bonne musique, a fortiori pour celle de Kaija Saariaho et de Gustav Mahler. Les Rückert-Lieder de ce dernier bénéficient de l’art incomparable de Joyce DiDonato, nettement moins évident dans le Lied final de la Symphonie n° 4.
Deuxième concert de l’Orchestre du Metropolitan Opera de New York, avec le concours de la mezzo-soprano Joyce DiDonato sous la direction de Yannick Nézet-Séguin, aux Prem’s de la Philharmonie de Paris.
En prélude au programme Mahler proposé ce soir, une courte pièce de Kaija Saariaho, Lumière et Pesanteur. Composée à destination d’Esa-Pekka Salonen et du Philharmonia de Londres, cette œuvre s’inspire de la Passion de Simone qui cherchait à évoquer la vie et l’œuvre de la philosophe Simone Weil.
Très habilement orchestrée – comme toujours chez cette compositrice –, Lumière déploie six minutes de musique plutôt vaporeuse parsemée de quelques courts solos (trompette, flûte…) et d’un bref tutti lequel semble renvoyer à la force de gravité évoquée par le titre. Nézet-Séguin s’y montre délicat et atmosphérique à point. Après cette ouverture charmante, Joyce DiDonato rejoint le plateau pour interpréter les Rückert-Lieder de Mahler.
Les interprètes ordonnent les Lieder selon une dramaturgie allant de la légèreté à l’émotion la plus poignante. La voix de la mezzo-soprano sonne toujours de manière idéale dans ce répertoire, avec une diction exemplaire. Quelques rares tensions dans l’émission sont entièrement maîtrisées et intégrées à une ligne expressive captivante, portée par un souffle inextinguible.
Le chef veille sur sa chanteuse et respecte l’écriture chambriste de l’ensemble, à quelques attaques près de certains instrumentistes peu enclins à la nuance piano. Le très noir Um Mitternacht et l’ineffable Ich bin der Welt abhanden gekommen semblent s’écrire en lettres de sang dans l’acoustique de la salle et dans un silence du public exemplaire, y compris dans la vaste fosse où la foule se presse debout.
Pour la Symphonie n° 4 de Mahler, DiDonato prend place en même temps que les musiciens et parmi eux. On loue la simplicité exemplaire de cette attitude, mais peut-être eût-il mieux valu que la chanteuse puisse se chauffer de nouveau en coulisse plutôt que d’attaquer à froid le Lied final après cinquante minutes d’attente. Les deux premières strophes la voient à la peine dans une tessiture élevée. Après une perte d’intonation, l’Américaine parvient à finir l’évocation du paradis avec un art retrouvé. De son côté, le chef québécois réussit sa lecture.
Même s’il exagère le rubato dans les deux premiers mouvements et frôle le kitsch dans le Ruhevoll, Nézet-Séguin obtient de son orchestre une virtuosité mise au service d’une narration soutenue. Dans un registre très différent de celui de la veille, le premier violon solo excelle, en particulier dans les harangues détonantes du deuxième mouvement. Dans les différents climax, les magnifiques cors du Metropolitan savent se montrer tour à tour sombres et radieux.
Pour le bis, sans quitter sa place auprès de la harpe, DiDonato distille un Urlicht du Knaben Wunderhorn où sa voix s’élève avec noblesse jusqu’aux cieux : une autre vision, plus spirituelle, du paradis de la nature.
Thomas DESCHAMPS
Philharmonie, Paris, 02/09/2026
Kaija Saariaho (1952-2023)
Lumière et Pesanteur (2009)
Gustav Mahler (1860-1911)
Rücker-Lieder (1902)
Symphonie n° 4 en sol majeur (1900, rév. 1910)
Joyce DiDonato, mezzo-soprano
The Met Orchestra
direction : Yannick Nézet-Séguin
