La version de chambre de La Cenerentola présentée à l’Opéra de Bâle est un vif succès. Avec un format qui permet de retrouver tout l’impact physique de la musique, le travail de mise en scène de Tilman aus dem Siepen et la direction musicale d’Hélio Vida conduisent une jeune équipe de chanteurs où brille l’irradiante Angelina de la très prometteuse Hope Nelson.
Nouvelle production de La Cenerentola de Rossini dans une mise en scène de Tilman aus dem Siepen et sous la direction d’Hélio Vida à l’Opéra de Bâle.
La petite scène du Theater Basel dispose comme son nom l’indique d’un espace scénique réduit, sans fosse d’orchestre. En fond de plateau, une dizaine de musiciens alignés contre le mur en brique apparaissent pratiquement comme des ombres chinoises derrière un voile. Réduit à l’os par le compositeur Paul Leonard Schäffer, l’orchestre de Rossini ne perd pas de sa pugnacité et de son acuité. Alors que retentit l’ouverture, une porte et un cadre pour les surtitres descendent des cintres. Le cartel nous propose de réviser (en allemand) notre vocabulaire de l’opéra italien : Amore = Liebe, Notte = Nacht, Principe = Prinz etc. Cet exercice pédagogique s’accélère avec le tempo, jusqu’à ce que les mots défilent frénétiquement, provoquant la franche hilarité du public.
La mise en scène aussi économe qu’astucieuse de Tilman aus dem Siepen ne semble choisir aucune époque pour donner néanmoins une lecture assez actuelle du conte. Le comique de situation ravit les plus jeunes, le fait que Dandini et Angelina reviennent ensemble tout débraillés et décoiffés suscite d’autres rires… Et notre Cendrillon finit par voler le pouvoir à son prince charmant, lequel se laisse faire avec bonheur. Une direction d’acteurs au cordeau demande beaucoup aux chanteurs pour un résultat formidable aux effets variés. La fin du I donne littéralement le vertige avec nos protagonistes placés autour d’une table les emportant dans un tourbillon sans qu’ils ne cessent de chanter. En revanche, le rondo final de l’opéra fige les interprètes comme dans une illustration de livre pour enfants.
Le groupe de jeunes issus du studio OperAvenir fait plus qu’honneur à la maison. Largement sollicités tout au long des saisons, ses membres font montre ici d’un talent irrésistible. Annoncé souffrant, le ténor Ervin Ahmeti est le seul à ne pas paraître à son avantage. Son Ramiro sonne un peu raide tandis que l’acteur reste en deçà de ses camarades. Si la mezzo-soprano Hope Nelson a également fait annoncer qu’elle était malade, absolument rien n’en parait. Son jeu scénique déjanté mais précis n’a d’égal que son chant qui allie la chaleur du timbre à l’habilité des vocalises. Sa Cendrillon sait autant émouvoir qu’étourdir.
Au même niveau d’excellence, le Dandini de Nathan Schludecker possède une palette d’une grande richesse qui fait de lui le boute-en-train du plateau mais sans aucune exagération. Habillé en mère pour le moins virile, Marius Aron en Magnifico appelle le rire et l’attendrissement. Les deux sœurs, Harpa Ósk Björnsdóttir et Joyce Bastos, forment une paire acidulée, tandis que l’Alidoro de Kyu Choi montre un talent comique impayable.
Tous doivent beaucoup à Hélio Vida qui dirige à la fois le plateau et le studio OperAvenir, et que nous avons entendu récemment excellent accompagnateur au piano du baryton Huw Montague Rendall. Celui à qui le Theater Basel va confier la saison prochaine Les Noces de Figaro déploie une musicalité vivifiante.
Thomas DESCHAMPS
Theater, Basel, 31/05/2026
Gioachino Rossini (1792-1868)
La Cenerentola, dramma giocoso en deux actes (1817)
Livret de Jacopo Ferretti
Version pour orchestre de chambre de Paul Leonard Schäffer (*1987)
Sinfonieorchester Basel
direction : Hélio Vida
mise en scène : Tilman aus dem Siepen
décors : Oscar Mateo Grunert
costumes : Anaïs Meyer
éclairages : Roland Held
Avec :
Hope Nelson (Angelina), Ervin Ahmeti (Don Ramiro), Nathan Schludecker (Dandini), Marius Aron (Don Magnifico), Harpa Ósk Björnsdóttir (Clorinda), Joyce Bastos (Tisbe), Kyu Choi (Alidoro).
