Requiem d’orfèvre

Les premières mesures de l’Introït émergent du néant et annoncent la couleur : l’observance des nuances et l’attention portée aux mots de la liturgie portent les signes d’une lecture soignée à mille lieues des excès et dérapages du concert donné ici même en mars dernier par Gianandrea Noseda. Les premières interventions des solistes exposent cependant un déséquilibre dans le quatuor.

Après la brillance de Benjamin Bernheim, avant l’opulence d’Elīna Garanča et la chaleur d’Eleonora Buratto, la basse de Riccardo Zanellato sonne non seulement d’un format moindre mais d’une assurance fragile. Le remplaçant de Michele Pertusi compense ses limites toutes relatives par une intériorité de bon aloi dès le Mors stupebit. Une attitude d’autant plus judicieuse que Gatti déchaîne chœurs et orchestre pour une séquence digne des visions les plus terrifiantes du Jugement dernier. Le son s’abat en nuées impitoyables sur la salle suivant une articulation qui ne laisse rien au hasard et décuple les effets.

Placés tout près du chef, face à sa baguette, les solistes participent à cette messe noire, à l’instar de la somptueuse mezzo-soprano dont les imprécations semblent sans appel. Le trio Qui sum miser ne se départit pas de cette concentration tout comme le duo du Recordare, l’un des sommets de la soirée tant les timbres des deux femmes se marient à merveille, serties par le travail d’orfèvre du chef.

Bernheim fait un Ingemisco un rien pressé, plus éclatant que touchant. On admire sa belle technique dans un Hostias jamais détimbré et partout une intégration parfaite aux ensembles. Le Chœur de l’Orchestre de Paris fait plus que bonne figure tout au long de la soirée, notamment dans le Sanctus, une fois encore très articulé par le chef italien qui ne peut ici empêcher la lourdeur des cuivres aussi plantureux que superbes de la Staatskapelle.

Éclatante dans les ensembles, Burrato mène avec assurance la dernière section. Parfait d’intonation jusque dans ses échanges a cappella avec le chœur, son Libera me se nourrit des couleurs latines d’une voix très homogène. Moins séraphique que d’autre, la soprano italienne possède en revanche le bas de la tessiture associé au temps éternel. Sa ferveur contenue construit un dernier récit hypnotique avant que le chef ne retourne la musique au néant.

Thomas DESCHAMPS

Philharmonie, Paris, 30/05/2026

Giuseppe Verdi (1813-1901)
Messa da requiem (1871-1874)

Eleonora Buratto, soprano
Elīna Garanča, contralto
Benjamin Bernheim, ténor
Riccardo Zanellato, basse

Chœur de l’Orchestre de Paris
Sächsische Staatskapelle Dresden
direction : Daniele Gatti