Pont-Croix 2026 : L’esprit de famille

Une semaine durant au mitan de juillet, la superbe Collégiale Notre-Dame de Roscudon à Pont-Croix, à quelques encablures de la Pointe du Raz, devient un véritable laboratoire où se pressent des artistes de la jeune génération, anciens résidents ou résidents actuels de la Fondation Singer-Polignac à Paris, passionnés par la musique de chambre.

Le pianiste Arthur Hinnewinkel, Quatrième Prix du Concours Reine Elisabeth en 2025, ouvre le ban du concert de clôture avec l’Arabesque op. 18 de Schumann, une entrée en matière tout en finesse sous des doigts aguerris sachant dégager halo harmonique, entrelacs arachnéens et atmosphère poétique.

Dans le premier mouvement de la Fantaisie op. 17, les mêmes qualités transparaissent, révélant un sens aigu de la structure et de l’unité organique au détriment parfois du caractère fantasque de ce cri adressé à Clara par un jeune homme désespéré par l’éloignement contraint de sa bien-aimée.

Les ultimes quatre Märchenerzählungen auxquels participent ensuite le clarinettiste Raphaël Sévère et l’altiste Paul Zientara au côté d’Arthur Hinnewinkel, laissent surgir derrière les volutes du timbre de la clarinette une imagination sonore produite par des musiciens parfaitement accordés à l’esprit de cette partition venue du fond des âges, comme les contes de fée qui lui servent de prétexte.

Après l’entracte, le célèbre Sextuor à cordes n° 1 de Brahms témoigne d’une cohésion instrumentale liée à une pratique consensuelle. Les violonistes Shuichi Okada et Emmanuel Coppey, les altistes Paul Zientara et Adèle Ginestet, ainsi que les violoncellistes Maxime Quennesson et Stéphanie Huang, délivrent une lecture naturelle, franche de ton, où l’intensité le dispute à la vitalité au fil d’un plaisir partagé.

Le doublement des cordes voulu par le compositeur permet d’atteindre une dimension orchestrale, mais la masse sonore ne nuit jamais à la recherche de clarté ou de couleur. L’Allegro ma non troppo, ample, qui s’appuie sur les cordes graves, s’amplifie sans jamais perdre de vue le classicisme de la forme. Les six magnifiques variations de l’Andante ma moderato offrent par leur naturel un sentiment de bonheur serein, tandis que l’engagement du Scherzo prend des dimensions beethovéniennes.

Le final Poco allegretto e grazioso, de la même veine robuste et terrienne, sait se faire viennois, voire schubertien dans le trio central. La coda, frénétique, gorgée de sève juvénile, manifeste un bonheur de vivre communicatif, puis quelques mesures reprises du Scherzo répondent en bis à la demande enthousiaste d’un public chaleureux et fidélisé qui peine à quitter la collégiale après cette expression de beauté pure où le charme de la musique se conjugue à la joie commune.

Michel LE NAOUR

Collégiale Notre-Dame de Roscudon, Pont-Croix, 17/07/2026

Robert Schumann (1810-1856)
Arabesque pour piano, op. 18 (1839)
Fantaisie pour piano, op. 17 (premier mouvement, 1838)
Märchenerzählungen pour clarinette, alto et piano, op. 132 (1853)

Johannes Brahms (1833-1897)
Sextuor à cordes n° 1, op. 18 (1860)

Raphaël Sévère, clarinette 
Shuichi Okada, Emmanuel Coppey, violon
Paul Zientara, Adèle Ginestet, alto 
Maxime Quennesson, Stéphanie Huang, violoncelle
Arthur Hinnewinkel, piano