Nouvelle production d’Otello de Verdi dans une mise en scène de Ted Huffman et sous la direction de Speranza Scappucci à l’Opéra national du Rhin, Strasbourg.
L’avant-dernier ouvrage lyrique de Verdi fait son retour à l’Opéra du Rhin après quarante-sept ans d’absence. La nouvelle production confiée à Ted Huffman mise sur une épure stylisée, loin de l’ambition annoncée dans la note d’intention, et doit l’essentiel de sa force à l’interprétation musicale, en particulier à la direction de Speranza Scappucci.
Opéra du Rhin, Strasbourg – 6 novembre 2025 – Florent Coudeyrat
Parmi les œuvres majeures de Verdi, Otello occupe une place à part. À 74 ans, le compositeur renouvelle profondément son langage, offrant des phrasés mouvants et sombres où transparaît son sens magistral de l’harmonie et des couleurs. Speranza Scappucci embrasse d’emblée ces variations d’atmosphère. Sa direction allie vigueur dans les passages verticaux et délicatesse dans les instants plus intimes, ciselés avec un soin remarquable. La hauteur de vue qu’elle apporte à la partition force l’admiration.
Le plateau réuni contribue largement à la réussite musicale. Adriana González, d’une aisance exceptionnelle sur toute la tessiture, incarne une Desdémone d’une vérité théâtrale sans ostentation. À ses côtés, Mikheil Sheshaberidze impose un Otello à la fois aérien et puissant, habité physiquement, même si la voix de tête manque parfois de séduction. Daniel Miroslaw livre un Iago d’une noirceur vénéneuse, fascinant par sa morgue et sa rugosité. Les seconds rôles sont solides, et les chœurs réunis de l’Opéra national du Rhin et de l’Opéra national de Lorraine triomphent par leur précision et leur engagement.
La mise en scène de Ted Huffman, en revanche, demeure trop discrète pour être à la hauteur des intentions affichées. On peine à percevoir l’illustration scénique de son propos sur le racisme ou la misogynie : l’épure choisie enferme les personnages dans un huis-clos passionnel qui n’explore guère ces enjeux. L’arrière-plan politique apparaît également lissé, jusque dans l’absence de différenciation sociale des costumes. Le remplacement d’Otello par Cassio, moment clef du drame, perd ainsi de son impact. Cela prive l’œuvre d’un ressort dramatique essentiel. Dommage.
Opéra du Rhin, Strasbourg – 6 novembre 2025 – Florent Coudeyrat
Programme et distribution :
Giuseppe Verdi (1813-1901) – Otello, opéra en quatre actes (1887) – Livret d’Arrigo Boito
Chœur de l’Opéra national du Rhin
Chœur de l’Opéra national de Lorraine
Orchestre philharmonique de Strasbourg
Direction : Speranza Scappucci
Mise en scène et décors : Ted Huffman
Costumes : Astrid Klein
Éclairages : Bertrand Couderc
Préparation des chœurs : Hendrik Haas
Distribution :
Mikheil Sheshaberidze (Otello), Adriana González (Desdemona), Daniel Miroslaw (Iago), Joel Prieto (Cassio), Brigitta Listra (Emilia), Massimo Frigato (Roderigo), Jasurbek Khaydarov (Ludovico), Thomas Chenhall (Montano)
