Sous la direction de Juraj Valčuha, Le Chant de la terre sonne avec une verte modernité. Sans excès expressifs, sans nostalgie, le chef slovaque emmène sans un regard vers un romantisme déjà mort les musiciens de l’Orchestre national de France ainsi que les chanteurs Daniel Behle et Marianne Crebassa dans l’essence même d’une œuvre profondément poétique.
Concert de l’Orchestre national de France sous la direction de Juraj Valčuha avec la participation de la mezzo-soprano Marianne Crebassa et du ténor Daniel Behle au Théâtre des Champs-Élysées.
Le menu de la soirée est bien court, avec pour seul programme Le Chant de la terre de Mahler. Une œuvre monde, certes, mais qui se serait accommodée sans peine d’une symphonie de Haydn en prologue signifiant, d’autant que la direction du chef Juraj Valčuha montre une appétence particulière pour les alliages de timbres.
Le Slovaque obtient de l’Orchestre national de France une grande précision pour une lecture d’une lisibilité jamais sacrifiée même dans les envolées. L’ivresse figurée par l’orchestre reste volatile comme l’alcool. L’ironie mord à pleines dents sans ménager les stridences des vents. Voilà une lecture qui ne regarde pas en arrière. Le romantisme est déjà mort.
Daniel Behle se fond avec un naturel confondant dans cette vision détachée. De manière étonnante, le ténor, chevronné, reste plongé dans sa partition, mais sa prestation ne sent aucun effort et porte grâce à une prononciation exemplaire.
Dans Der Eisame im Herbst, sa camarade, elle totalement détachée de son pupitre, semble se concentrer sur l’émission parfois au détriment de l’intelligibilité du texte. La chanteuse possède la tessiture de sa partie et la beauté de son timbre très homogène se marie avec bonheur avec les instrumentistes dans cet épisode chambriste.
Les numéros suivants voient Valčuha peu intéressé par les orientalismes mais passionné par la modernité de l’harmonie. Les musiciens rivalisent de nuances. La fluidité de la direction élève le discours. Behle reste d’une constance exemplaire tandis que Crebassa se montre d’une belle versatilité de ton.
Arrivée au long dernier mouvement, la mezzo-soprano affine sa diction. Dans l’épure d’une direction analytique, elle distille progressivement la gravité de cet adieu, sans surcharge émotive. De l’aporie renaît la musique comme autant de souvenirs, avant que tout ne se dérobe à nouveau. Les interprètes fusionnent pour mieux disparaître.
Thomas DESCHAMPS
Théâtre des Champs-Élysées, Paris, 04/06/2026
Gustav Mahler (1860-1911)
Das Lied von der Erde (1908)
Marianne Crebassa, mezzo-soprano
Daniel Behle, ténor
Orchestre national de France
direction : Juraj Valčuha
