Grange de Meslay 2026 (2) : Nouveau rendez-vous au Domaine de Candé

Fidèles à La Grange de Meslay et à son histoire, les Fêtes musicales en Touraine ont également décidé d’occuper d’autres lieux, dont le Domaine de Candé à une vingtaine de minutes de Tours autour d’un château médiéval puis Renaissance transformé au cours des siècles et qui connut son moment de gloire en 1937 par le mariage du Duc de Windsor avec l’Américaine Wallis Simpson.

Pour les concerts de ce week-end de clôture, le public venu nombreux pouvait profiter de l’immense domaine propice aux loisirs. Une nouvelle orientation pour les organisateurs certes attachés à la tradition mais en quête d’horizons nouveaux.

Le samedi après-midi, sous la tente en forme de chapiteau, la jeune Adélaïde Ferrière donne un récital de haute volée au marimba, véritable festival au sein du festival. Dans les œuvres composées pour son instrument, la soliste manifestait une souplesse et une fluidité impressionnantes, convoquant tous les registres depuis Opening de Philip Glass jusqu’à Vermillion bird de Heng Liu, d’une virtuosité à couper le souffle, sans jamais se départir d’un lyrisme quasi vocal sur cet instrument à percussion (Dream of a cherry blossom de Keiko Abe).

Maniant les baguettes avec un geste chorégraphique, la jeune Française offre ensuite un florilège classique avec des transcriptions de l’Allegro du Concerto BWV 583 de Bach d’après Vivaldi, le Caprice n° 24 de Paganini, l’Arabesque n° 1 de Debussy, et pour conclure la Rhapsody in Blue de Gershwin, étonnante de vélocité non ostentatoire.

D’une force de conviction juvénile, le Geister Duo, à l’approche de la nuit, attaque non sans vigueur quelques Danses hongroises de Brahms et Danses slaves de Dvořák. Son engagement privilégie la puissance dans l’Allegro en la mineur D. 947 et surtout la Fantaisie en fa mineur de Schubert au détriment de la lumière tamisée. Une interprétation plus terrienne que poétique suivie d’un bis mezza voce des deux Trios et Ländler D. 618 du même compositeur.

Le dimanche matin, Jean-François Heisser délivre une leçon de piano d’une rare intelligence face à deux étudiants venus des Conservatoires de Tours et de Paris dans des œuvres d’inspiration espagnole dont il est un exceptionnel passeur. Son récital l’après-midi en apporte la preuve dans l’arachnéenne Fantaisie bétique de Manuel de Falla, les insondables et mutiques Chansons et danses de Mompou, et surtout le troisième cahier d’Iberia d’Albéniz transcendé par une lecture flamboyante. 

En guise de bouquet final, Pierre Génisson, Edgar Moreau et David Kadouch, en duo ou en trio, comblent d’aise un public conquis dans Schumann, Grieg et Brahms, chaque musicien faisant corps avec une complicité liée à leurs années de fréquentation commune. Après de telles prestations, on peut affirmer que ce festival est entre de bonnes mains et a encore de beaux jours devant lui.

Michel LE NAOUR

Domaine de Candé, 13 & 14/06/2026

Glass, Monk, Abe, Liu, Bach, Paganini, Debussy, Gershwin

Adelaïde Ferrière, marimba

Johannes Brahms (1833-1897)
Danses hongroises (extraits) (1880)

Antonín Dvořák (1841-1904)
Danses slaves op. 72 (extraits) (1886)

Franz Schubert (1797-1828)
Allegro en la mineur D. 947 (1828)
Fantaisie pour piano à quatre mains D. 940 (1828)

Geister Duo

Manuel de Falla (1876-1946)
Fantaisie bétique (1919)

Federico Mompou (1893-1987)
Chansons et danses (sélection)

Enrique Granados (1876-1916)
Goyescas (extraits) (1911)

Isaac Albéniz (1860-1909)
Iberia, Livre III (1908)

Jean-François Heisser, piano

Robert Schumann (1810-1856)
Fantasiestücke pour clarinette et piano op. 73 (1849)

Edvard Grieg (1843-1907)
Sonate pour violoncelle et piano op. 36 (1883)

Johannes Brahms (1833-1897)
Trio pour clarinette, violoncelle et piano op. 114 (1891)

Pierre Génisson, clarinette
Edgard Moreau, violoncelle
David Kadouch, piano