Malgré sa sursollicitation en fosse, notamment dans l’épuisant Saint François d’Assise de Messiaen, le Philharmonique de Vienne trouve encore la force de briller de mille feux lors d’un programme symphonique Brahms avec un Christian Thielemann loin de toute brume, imposant une lecture méridionale incarnée par un tapis de cordes de rêve, qui irradie comme jamais.
Concert de l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Christian Thielemann, avec le concours du violoniste Augustin Hadelich au Festival de Salzbourg 2026.
Sitôt le troisième cycle du Ring terminé à Bayreuth, Christian Thielemann prend la direction du sud pour l’avant-dernier concert symphonique des Wiener Philharmoniker à Salzbourg 2026. Programme sans risque, entièrement dédié à Brahms, et d’abord à son Concerto pour violon. Le jeune Augustin Hadelich y refuse toute dureté, tout tranchant d’archet au bénéfice d’une lecture constamment chantante mais jamais dépourvue d’ardeur.
Ce vibrato de funambule, qui semble avoir commencé dès avant la naissance du son, passé une entrée en matière un peu nerveuse, guide une interprétation de pure lumière, regardant vers les rives du Wörthersee où le compositeur se retirait aux beaux jours. Avec un son à taille humaine, ni colossal ni ridiculement petit, le violoniste germano-italien installé aux États-Unis distille un lyrisme merveilleusement secondé par l’orchestre, notamment dans un dialogue presque agreste avec un hautbois très droit dans l’Adagio, au tempo toujours fluide.
Une exécution pas même entachée, au tout début de la cadence du mouvement liminaire, par la rupture d’une corde ayant nécessité, après une courte hésitation – prendre ou non l’un des violons de secours présents entre les fauteuils des violonistes de l’orchestre ? – la sortie du soliste (accompagné par le chef) pendant quelques minutes. En bis, Hadelich fait entendre son propre arrangement de la Traümerei de Schumann terminé sur les cimes de la chanterelle, en parfaite apesanteur.
Passé la pause, on s’étonne du maintien d’une couleur très méridionale dans l’interprétation de la Symphonie n° 1, dont Thielemann avait plutôt jusque-ici accentué les origines hambourgeoises, notamment lorsqu’il abordait Brahms avec la Staatskapelle de Dresde. Une deuxième partie de concert donnant à entendre une manière de brasser les cordes à la Karajan comme presque plus aucun chef ne l’oserait, avec une longueur et un poids d’archet grisants, exaltant le moindre contrechant des violoncelles et une ligne de chant portée par seize premiers violons faisant corps avec le chef allemand.
Dans des tempi vifs, avec quelques rougeoiements de cuivres et de timbales rappelant une autre époque, Thielemann, bien sûr sans la reprise dans le premier mouvement, projette la Première dans une lumière aveuglante, saturée d’harmoniques aiguës, et avec un sens de la relance qu’on ne lui a pas toujours connu. Les couleurs mordorées de l’Andante con moto, dont on peine à écouter la fin face à l’évacuation d’un spectateur pris de malaise, perdurent toute l’exécution durant, et jusque dans un Finale chauffé à blanc, sans une seconde de répit.
Yannick MILLON
Großes Festspielhaus, Salzburg, 23/08/2026
Johannes Brahms (1833-1897)
Concerto pour violon en ré majeur op. 77 (1879)
Symphonie n° 1 en ut mineur op. 68 (1876)
Augustin Hadelich, violon
Wiener Philharmoniker
direction : Christian Thielemann
