Joie et tristesse

Avant la Neuvième de Beethoven – ossature du concert après l’entracte –, Sascha Goetzel, le directeur artistique de l’ONPL depuis 2022, propose comme mise en bouche deux œuvres écrites par des compositrices de talent. La Faust-Ouverture op. 46 d’Émilie Mayer s’inscrit dans un postromantisme non dénué d’intensité, le sens du mythe goethéen entraînant les musiciens dans un long développement où l’on sent dans les accentuations l’influence des ouvertures beethovéniennes (on pense à Coriolan ou Egmont).

Avec la Petite Suite pour orchestre de Germaine Tailleferre – membre du Groupe des Six durant les Années folles –, l’atmosphère est d’une tout autre nature. Ici, place à la légèreté et à la fantaisie avec une petite harmonie très active dans ces pages où la joie domine, loin de la période dodécaphonique alors fugacement le langage de l’auteure. Un parfum de liberté transparaît dans un style proche, mutatis mutandis, de l’esprit du Concert champêtre pour clavecin et orchestre de Poulenc (1929).

Viennois de naissance et de formation, Sascha Goetzel connaît son Beethoven comme personne, mais a fait son lit d’interprétations historiquement informées. Il dispose d’ailleurs l’orchestre, pour la Neuvième, telle une formation de chambre avec, dans le Scherzo, le timbalier très en avant, ce qui permet de mieux rendre l’aspect rythmique de ce mouvement.

Dès l’annonce de l’Allegro ma non troppo, un poco maestoso, le déploiement des thèmes, les traits les plus expressifs deviennent d’une clarté qui ne cache pourtant pas ce que Berlioz appelait « la hardiesse quelquefois excessive ». Cette volonté de faire avancer le discours en évitant tout pathos se manifeste aussi dans l’Adagio molto e cantabile, pris à un tempo allant et qui regarde vers les dernières symphonies de Haydn ou de Mozart.

Il en va de même dans le Finale où la masse orchestrale, là encore, est allégée mais chargée de sens grâce à l’engagement de musiciens particulièrement investis. Le quatuor vocal dans l’Hymne à la joie apparaît relativement homogène et bénéficie du timbre chaleureux du baryton Benjamin Appl, de la puissance de la soprano Helen Kearns et de la remarquable prestation de la mezzo-soprano Eva Zaïcik.

Le chœur de l’ONPL placé sous la direction de Valérie Fayet donnait ici son dernier concert en raison de la dissolution provoquée par les coupes claires du Conseil régional. En compagnie du chœur mixte du Conservatoire de Nantes, son enthousiasme ne pouvait masquer la tristesse malgré la jubilation ambiante. Le public venu nombreux s’en faisait l’écho en applaudissant debout pendant de longues minutes, en présence de Jean-Marc Ayrault venu en voisin à ce concert émouvant de la saison ligérienne.

Michel LE NAOUR