Grange de Meslay 2026 (1) : Une nouvelle ère

La magie opère dès que l’on franchit la porte du domaine de La Grange de Meslay, et l’on est saisi par la beauté d’un site où tant de musiciens se sont produits. Si le piano occupe la plus grande part du festival, la musique de chambre y est aussi présente. Le public, très à l’écoute, bénéficie d’une acoustique enveloppante grâce à l’installation d’une conque de bois procurant une sensation d’intimité.

La direction est depuis cette année assurée par Danielle Momméja (Présidente des Fêtes musicales en Touraine) accompagnée pour la programmation par la pianiste Claire Désert et par Jérôme Chabannes pour la production. L’esprit des origines demeure avec la volonté toutefois d’apporter ouverture et changement.

En lever de rideau, Cédric Tiberghien offre une vision épurée des Variations Diabelli de Beethoven dans cette fin d’après-midi du 6 juin. Face à cet Himalaya qui demande non seulement une capacité intellectuelle hors du commun mais aussi un sens organique pour lier les 33 variations sur une valse anodine, le pianiste français propose une décantation limpide sans effets, pénétrant le tréfonds de l’œuvre du Titan de Bonn.

Le soir venu, le Quatuor Talich nous entraîne, par sa sonorité moirée, dans les profondeurs de la Mitteleuropa avec le quatuor La jeune fille et la mort de Schubert. Le lyrisme de l’âme slave l’emporte sur la perfection formelle, mais la sonorité somptueuse du violoncelliste Michal Kaňka (venu du Quatuor Pražák) compense les imperfections factuelles. Joseph Moog se joint ensuite à leurs archets en seconde partie dans un Quintette avec piano de Schumann effervescent, où le clavier, miroitant, se fait orchestre.

En matinée le lendemain, du haut de ses 17 ans, Arielle Beck impressionne par son aisance. Après une Suite anglaise n° 2 de Bach bien articulée, elle appréhende l’angoisse implicite du Rondo K. 511 de Mozart, puis aborde le Prélude et fugue n° 1 de Mendelssohn avec un sens évident du contrepoint.

La rare Sonate n° 1 d’Hindemith qui célèbre le Main n’est pas un long fleuve tranquille dans ses cinq mouvements parfois indigestes, qu’elle restitue avec une clarté aveuglante. En bis, la paraphrase de Cziffra sur Marche nuptiale du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn d’après Liszt est un véritable feu d’artifice, stupéfiant de virtuosité.

L’après-midi, place au Quintette à vents Moraguès associé au pianiste Rodolphe Menguy. Les quintettes de Mozart et du jeune Beethoven bénéficient d’une belle plasticité sonore. À 19 h, le Canadien Eric Lu, dernier vainqueur du Concours Chopin, affiche élégance et poésie dans des Scènes de la forêt de Schumann sans aspérités, suivies d’un Impromptu n° 1 (op. 142) de Schubert au naturel confondant.

Les Chopin sont ceux d’un maître dont la perfection digitale culmine dans la Ballade n° 4 et surtout une Sonate n° 3 à la narration éloquente, avant, en bis, un autre Impromptu de Schubert et une valse de Chopin endiablée. 

Michel LE NAOUR

La Grange de Meslay, 06 & 07/06/2026

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Variations Diabelli op. 120 (1823)

Cédric Tiberghien, piano

Franz Schubert (1797-1828)
Quatuor n° 14, D. 810 « La jeune fille et la mort » (1824)

Robert Schumann (1810-1856)
Quintette avec piano op. 44 (1842)

Quatuor Talich
Joseph Moog, piano

Johann-Sebastian Bach (1685-1750)
Suite anglaise n° 2, BWV 807 (1722)

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Rondo en la mineur K. 511 (1787)

Felix Mendelssohn (1809-1847)
Prélude et fugue op. 35 n° 1 (1827)

Paul Hindemith (1895-1963)
Sonate n° 1 « Der Main » (1936)

Arielle Beck, piano

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Quintette pour piano et vents K. 452 (1784)

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Quintette pour piano et vents op. 16 (1796)

Quintette à vents Moraguès
Rodolphe Menguy, piano

Robert Schumann (1810-1856)
Waldszenen op. 82 (1849)

Frédéric Chopin (1810-1849)
Polonaise op. 71 n° 2 (1828)
Ballade n° 4 op. 52 (1842)

Franz Schubert (1797-1828)
Impromptu op. 142 n° 1 (1827)

Frédéric Chopin (1810-1849)
Sonate n° 3 op. 58 (1844)

Eric Lu, piano