Pour le troisième concert de leur résidence à Radio France, les Modigliani exposent un style très accompli dans un Quatuor de Debussy d’une lumière irréfragable. Leur harmonie naturelle sert aussi avec élégance La Prière du toréro de Turina. La qualité instrumentale marque également des Souvenirs de Florence de Tchaïkovski entachés par l’adjonction d’une percussion inattendue.
Concert du Quatuor Modigliani, avec le concours de l’altiste Hélène Clément et du violoncelliste Antoine Lederlin à l’Auditorium de la Maison de la Radio, Paris.
Le court quatuor La oración del torero de Turina appartient au genre descriptif et dépeint les instants passés dans une chapelle par un toréro juste avant d’affronter le danger de l’arène. Avec le Quatuor Modigliani, la linéarité de cette musique moins pittoresque que ne l’annonce son programme s’estompe au profit d’un travail sur les harmonies, soit une douce préparation à l’œuvre suivante d’une toute autre consistance, le Quatuor de Debussy.
Certes, l’élan d’Animé et très décidé sonne tout autrement, mais tout en maintenant une superbe clarté polyphonique les quatre musiciens placent l’ensemble dans une nimbe sonore irisée. Ce geste collectif se diffracte le temps du deuxième mouvement avec une précision rythmique qui ne corsète rien et laisse beaucoup d’espace. Les plans sonores semblent s’ouvrir encore davantage dans l’Andantino, d’un classicisme à l’antique avec une progression admirable depuis l’alto jusqu’au violon. Le Finale atteint quant à lui la lumière la plus éblouissante sans sacrifier la virtuosité de son écriture.
Après l’entracte, les Modigliani reviennent cette fois renforcés de l’alto d’Hélène Clément et du violoncelle d’Antoine Lederlin pour le sextuor Souvenir de Florence de Tchaïkovski qu’ils ont enregistré l’année passée pour le label Mirare. L’attaque virtuose se fait un peu sur les chapeaux de roue, mais tout à fait dans l’esprit slave de cette partition. L’équilibre du quatuor l’emporte alors que Clément apporte un rayonnement supplémentaire. L’ensemble paraît-il trop mesuré à l’oreille de Lederlin ? Celui-ci se met dans la dernière section de ce mouvement initial à frapper (en rythme) violemment la scène de son pied gauche.
Une pratique folk qui ne peut même pas se justifier par les nombreux thèmes populaires présents dans les deux derniers mouvements qu’il contamine avec la même fâcheuse assiduité. Entre-temps, l’Adagio cantabile, véritable sérénade au clair de lune sur l’Arno, se vit comme une magnifique accalmie sur accompagnement de pizzicati délicats, avant que le duo violon-violoncelle ne montre une osmose éloquente. En bis, les six interprètes reprennent le brillant troisième mouvement.
Thomas DESCHAMPS
Auditorium de la Maison de la Radio, Paris, 19/05/2026
Joaquín Turina (1882-1949)
La oración del torero op. 34 (1925)
Claude Debussy (1862-1918)
Quatuor à cordes en sol mineur op. 10(1893)
Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
Souvenir de Florence, pour sextuor à cordes op. 70 (1890, rév. 1892)
Hélène Clément, alto
Antoine Lederlin, violoncelle
Quatuor Modigliani
Amaury Coeytaux, violon I
Loïc Rio, violon II
Laurent Marfaing, alto
François Kieffer, violoncelle
