Le deuxième programme de la saison de l’Orchestre de Paris est marqué par le remplacement au pied levé de Robin Ticciati par Samy Rachid. Le jeune Français à la gestique prolixe donne une Huitième Symphonie de Dvořák aussi vivante qu’elle sort souvent du cadre. En première partie, il accompagne attentivement Seong-Jin Cho dans le Concerto pour piano n° 4 de Beethoven.
Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction de Samy Rachid, avec le concours du pianiste Seong-Jin Cho, à la Philharmonie de Paris.
En plein service de répétition avec l’Orchestre de Paris, Robin Ticciati s’est retrouvé atrocement coincé du dos. Le chef britannique, qui a déjà connu de très sévères problèmes de ce genre par le passé, n’a pu reprendre le travail. Le Français Samy Rachid a pris le relais à l’occasion de la répétition générale et a préféré de ce fait réduire le programme en supprimant Le Beau Danube bleu de Johann Strauss qui devait ouvrir la soirée et entrer au répertoire de l’orchestre.
Les pièces restantes appartiennent aux fondamentaux, à l’instar du Concerto pour piano n° 4 de Beethoven. Seong-Jin Cho expose le thème principal en suivant scrupuleusement l’indication dolce, mais phrase avec affectation suivi par l’orchestre attentif : cet état des choses ne va guère changer au fil des trois mouvements. Cho se délecte de l’articulation rythmique de la cadence de la fin du premier mouvement à la limite de la rupture de style.
Dans l’Andante con moto la ronde sonorité du pianiste pourrait appeler plus de cantabile, tant il semble privilégier une étude des harmoniques sans rentrer davantage dans un dialogue avec l’orchestre (magnifique violoncelle d’Éric Picard !) avant un Finale très articulé. Le bis donné par le Sud-Coréen vient opportunément pallier la réduction du programme avec Soirée de Vienne, la délirante paraphrase d’Alfred Grünfeld sur les thèmes les plus fameux de La Chauve-Souris de Johann Strauss fils. Cho s’y montre éblouissant de virtuosité.
Samy Rachid qui s’était fait plutôt discret dans le concerto de Beethoven, revient après l’entracte pour diriger la Symphonie n° 8 de Dvořák. Le trentenaire qui a quitté en 2021 le Quatuor Arod dont il était le violoncelliste, est un musicien accompli mais encore un tout jeune chef dont la carrière débute depuis la saison dernière après avoir été l’assistant d’Andris Nelsons à Boston.
Une fois la sublime cantilène de l’introduction passée, Rachid lance l’orchestre dans le corps de l’Allegro con brio. Sa très haute stature démultiplie la force de ses indications à destination des musiciens qui répondent au quart de tour aux sollicitations, d’autant que le chef accompagne ses vastes mouvements d’expressions faciales très expressives.
Son enthousiasme le conduit aussi à frapper violemment des pieds l’estrade. Sous cette direction le foisonnement de la musique de Dvořák devient presque envahissant et la dynamique s’emballe. Dans l’Adagio, le chef développe un lyrisme bienvenu qu’il fait circuler dans les pupitres tout en accentuant les contrastes. Il ne parvient pas tout à fait à laisser frémir l’orchestre dans l’Allegretto grazioso avant un Finale dont la bacchanale verse brillamment mais peut-être aussi trop lourdement dans la démesure.
Thomas DESCHAMPS
Philharmonie, Paris, 17/09/2026
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Concerto pour piano n° 4 en sol majeur, op. 58 (1806)
Antonin Dvořák (1841-1904)
Symphonie n° 8 en sol majeur, op. 88 (1889)
Seong-Jin Cho, piano
Orchestre de Paris
direction : Samy Rachid
