Le violoncelliste autrichien d’ascendance iranienne Kian Soltani donne avec la complicité de Daniel Harding et des musiciens du Philharmonique de Radio France un Don Quichotte de Strauss plein de malice et d’émotion. L’orchestre et leur chef invité donne ensuite une Quatrième symphonie de Brahms haletante à la ligne parfois brisée par des accents incessants.
Concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Daniel Harding, avec le concours du violoncelliste Kian Soltani à la Philharmonie de Paris.
L’introduction s’articule avec art, sonne gouleyante : ce Don Quichotte de Strauss selon Daniel Harding s’annonce hauts en couleurs. Un hautbois amoureux, des cuivres pleins de sarcasmes montrent une conception pleine d’humour et le Philharmonique de Radio France semble d’emblée métamorphosé en ensemble typiquement straussien.
Chaque motif est caractérisé, croqué avec acuité et tendresse, tandis que leur entrecroisement progressif garde une clarté polyphonique remarquable. L’entrée de Kian Soltani frappe par la noblesse de son ton. Son violoncelle, l’un des soixante fabriqués par Stradivarius ayant survécus, déploie une sonorité profonde et soyeuse. Aux côtés de ce chevalier, l’alto de Marc Desmons fait un sensible et touchant Sancho Pança.
Comme on le sait la répartition des rôles dans ce poème symphonique n’est pas si simple et d’autres pupitres viennent en renfort. La connivence établie par le soliste principal avec les autres musiciens sonne avec évidence. Nathan Mierdl, le violon solo, se fait parfait caméléon, tour à tour incisif, charmeur ou même voluptueux. Au-dessus de l’orchestre, l’écran des surtitres affiche les différents chapitres, renforçant l’effet d’un conte aux effets spectaculaires (comme la Chevauchée ans les airs) réalisées de main de maître par un orchestre en fusion.
Dans son dernier solo, Soltani ne se départit pas de son élégance naturelle avec une éloquence jamais forcée, profondément humaine et touchante. On pardonnera sans peine au violoncelliste de baisser ostensiblement la tête, façon Marie Cotillard, pour signifier la mort du héros. D’autant qu’il offre en bis et en hommage au peuple iranien manifestant ces derniers jours au péril de la vie, une Girl of Shiraz adaptée par Reza Vali à faire pleurer les pierres.
Daniel Harding, tout en souplesse et fluidité dans Strauss, montre une autre approche pour la Symphonie n° 4 de Brahms donnée en seconde partie de programme. Convoquant des effectifs de cordes nourris, sa lecture ne souffre pour autant d’aucun déséquilibre et la balance orchestrale soigneusement établie permet toujours une lisibilité exemplaire. L’énergie qu’il met dans l’Allegro non troppo attaque la plasticité des cordes, en particulier les violons qui deviennent acides.
Le chef relance sans cesse le discours, à coups d’accélérations et de décélérations qui ne laissent que peu de place à l’épanouissement et à la respiration. L’effet est vertigineux certes, mais l’Andante moderato, très dense, semble lui aussi projeté entièrement dans le processus de transformation du matériau sans grand apaisement. Tout comme la belle flûte solo dans le dernier mouvement ne trouve qu’un espace compté même s’il est parfaitement ménagé. La fin de la passacaille montre un orchestre définitivement virtuose.
Thomas DESCHAMPS
Philharmonie, Paris, 09/01/2026
Richard Strauss (1864-1949)
Don Quichotte, variations fantastiques sur un thème chevaleresque, op. 35 (1897)
Kian Soltani, violoncelle
Johannes Brahms (1833-1897)
Symphonie n° 4 en mi mineur, op. 98 (1884)
Orchestre philharmonique de Radio France
direction : Daniel Harding
