Concert de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise sous la direction de Simon Rattle à la Philharmonie de Paris.
L’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise sous la direction de Simon Rattle offre aux Parisiens l’un des deux programmes de sa tournée européenne. Une Deuxième de Schumann surarticulée et un Oiseau de feu de Stravinski aux airs de jardin féérique à la française démontrent une dévotion des musiciens à l’égard de leur directeur musical.
Philharmonie, Paris
Le 14/11/2025
Thomas Deschamps
La beauté du thème initial aux trompettes et le moelleux du soutien des cordes plantent le décor de cette Symphonie n° 2 de Schumann : le Rhin est franchi et c’est un plaisir évident que de retrouver les sonorités boisées de la formation de la Radio bavaroise. Mais une fois le Sostenuto assai terminé, Rattle donne beaucoup d’inflexions à la répétition obsessionnelle du motif rythmique. Ici, la danse frénétique des accents semble lutter contre la mélodie au prix d’un léger déficit de matière. Le Britannique se montre en cela fidèle à la conception de Schumann qu’il avait proposée aux Parisiens dans un concert de 2008 avec le concours de l’Orchestre de l’Âge des Lumières.
Le Scherzo paraît plus fébrile que jamais, le jeu sans lourdeur fusant de manière circulaire. L’Adagio offre comme une rémission à un état psychologique instable sans que Rattle, ici parfait chambriste, ne paraisse céder aux sirènes du romantisme, même si le hautbois, réconforté par le basson, apporte son lot de lyrisme. L’Allegro final prend la forme d’une bipolarité rythmique exacerbée par le chef, qui en cisèle les détails au risque de perdre la ligne. La vivacité toujours articulée des élans vitalistes de cette musique l’emporte en conservant une belle transparence.
Autant ce Schumann a pu paraître nerveux, autant en seconde partie Rattle aborde L’Oiseau de feu de Stravinski avec une apparente décontraction. Tout n’est que nuances inouïes, variété infinie des attaques et richesse prodigue des couleurs, aucun pupitre n’étant laissé pour compte. L’orchestre devient un seul instrument protéiforme au service de l’art du conteur qu’est le maestro. Sa palette semble s’être encore diversifiée depuis son interprétation avec le LSO en 2017.
Tout en marquant une nette distinction entre les deux tableaux, la surprise survient à chaque scène, unifiée par un univers sonore qui évoque davantage les raffinements de la musique française que les sortilèges de la vieille Russie. La salle fait un triomphe aux Bavarois, qui montrent une dernière fois des couleurs exquises dans un extrait de Pelléas et Mélisande de Fauré.
Philharmonie, Paris
Le 14/11/2025
Thomas Deschamps
Concert de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise sous la direction de Simon Rattle.
Robert Schumann (1810-1856) — Symphonie n° 2 en ut majeur, op. 61 (1846)
Igor Stravinski (1882-1971) — L’Oiseau de feu, conte dansé en deux tableaux (1910)
Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
Direction : Simon Rattle
