Dans l’écrin très inspirant de la chapelle de la Trinité de Lyon, Xavier Sabata et Franck-Emmanuel Comte célèbrent la sortie au disque de leur projet autour du personnage de Roland furieux. De Steffani à Haendel en passant par Porpora, le contre-ténor souvent théâtral se montre plus sensible que virtuose et compose un portrait naturellement tourmenté.
Récital du contre-ténor Xavier Sabata accompagné par le Concert de l’Hostel Dieu dirigé par Franck-Emmanuel Comte à la Chapelle de la Trinité, Lyon.
Directeur du Concert de l’Hostel Dieu depuis sa création en 1992, le claveciniste et chef Franck-Emmanuel Comte est devenu en 2024 codirecteur de La Trinité, nouvelle scène baroque et irrégulière à Lyon, une structure implantée à la chapelle de la Trinité. Construit par les Jésuites entre 1617 et 1722 le bâtiment à la riche histoire est désacralisé depuis un siècle. Son architecture dans le style baroque typique de la contre-réforme forme un cadre idéal pour le concert célébrant la sortie du CD Furioso chez le label Aparte.
Ce projet issu de la collaboration entre Franck-Emmanuel Comte et le contre-ténor catalan Xavier Sabata célèbre la mise en musique du poème épique Orlando furioso de l’Arioste (1474-1533). L’influence de ce chef-d’œuvre contant la course à la folie de Roland, le légendaire chevalier qui se consume pour Angélique dans une passion non partagée, s’étend sur près de deux siècles de création musicale. Les musiciens de ce projet ont choisi de se concentrer sur une grosse quarantaine d’années (1691-1733) qui représente sans doute l’épicentre de cette floraison.
Le chef ouvre le programme de la soirée par l’ouverture de l’Orlando generoso de Steffani, qui permet d’apprécier le style très informé des musiciens du Concert de l’Hostel Dieu, bien servi par l’acoustique des lieux. Est-ce seulement le début du récital ou bien la tessiture trop basse pour lui (le rôle a été écrit pour un castrat contralto puis adapté pour les ténors) ? Xavier Sabata, qui enchaîne avec deux arias (précédées de leur récitatif) de l’opéra de Steffani ne démarre pas en majesté. On retrouve avec plaisir les riches couleurs d’une voix latine, mais l’émission est couverte d’air et les vocalises de In quest’alma paraissent peu volubiles. La diction excellente sur le fond se trouve empâtée.
Première mondiale pour le très solennel Aria per le furie joué par l’orchestre seul tiré d’Angelica vincitre di Alcina de Fux. Sabata retourne à l’opéra de Steffani avec le monologue Io dunque senz’armi dont la franche mélancolie sied à son exceptionnelle sensibilité. L’interprète dialogue ici avec un continuo frémissant pour atteindre un état émotif communicatif tout en étant d’une belle précision dans les mélismes. Galvanisé, Sabata se fait percutant et virtuose le temps d’un premier air de l’Angelica de Porpora, Da me che volete.
Un état qu’on ne retrouve pas tout à fait après l’entracte pour une deuxième aria tirée de cet ouvrage. Les extraits du célèbre Orlando de Haendel qui suivent montrent un art qui se dérobe parfois mais ne menace jamais le rapport au texte et au rendu de cette transe émotionnelle comme dans Ah ! Stigie larve. En réponse aux acclamations, les musiciens offrent le célèbre et extérieur Nel profondo cieco mondo de l’Orlando furioso de Vivaldi.
Thomas DESCHAMPS
Chapelle de la Trinité, Lyon, 09/06/2026
Agostino Steffani (1654-1728)
Orlando generoso : ouverture (1691)
Johann Joseph Fux (1660-1741)
Ouverture K. 355 : rigadon et lourré (1701)
Agostino Steffani
Orlando generoso : deux arias (1691)
Johann Joseph Fux
Angelica vincitre di Alcina : aria per le furie (1716)
Agostino Steffani
Orlando generoso : monologue « Io dunque senz’armi » (1691)
Johann Joseph Fux
Sérénade K 352 : gique (1701)
Nicola Porpora (1686-1768)
L’Angelica : deux arias (1720)
Antonio Vivaldi (1678-1741)
Concerto pour cordes et clavecin en sol mineur RV 156 : allegro
Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
Orlando : extraits (1733)
Xavier Sabata, contre-ténor
Le Concert de l’Hostel Dieu
direction : Franck-Emmanuel Comte
