Vingt-trois ans après avoir quitté l’Orchestre national du Capitole qu’il a dirigé de 1968 à 2003, Michel Plasson, à 92 ans, enflamme le public de la Halle aux Grains pour son retour dans la ville rose autour d’un programme de musique française dévolu à Ravel, Debussy et Roussel. Un répertoire qui a établi sa légende à travers le monde, tant au disque qu’au concert.
Concert de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse sous la direction de Michel Plasson à la Halle aux Grains, Toulouse.
Dans le cadre du Festival de Toulouse – dont le directeur artistique est le mandoliniste Julien Martineau –, l’Orchestre national du Capitole retrouvait Michel Plasson pour un concert mémorable et émouvant de plus de deux heures. Le chef, qui a porté cette phalange sur les fonts baptismaux, reçoit un accueil fervent de la part du public, debout pendant plus d’une minute dès son entrée en scène à pas mesurés. S’adressant à lui, il déclare au micro « Combien je suis heureux de vous voir » avant de diriger à mains nues.
Chemise blanche, gestes souples et main gauche frémissante, il aborde le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy dans la touffeur de la Halle aux Grains avec un soin particulier apporté aux timbres de chaque instrument tandis que la flûte s’élève avec une lenteur mesurée d’une sensualité quasi hypnotique.
Dans la suite Ma Mère l’Oye de Ravel, l’intensité prend le pas, servie par des musiciens conscients de l’enjeu. La vision poétique et la souplesse (Entretiens de la Belle et de la Bête, Pavane de la Belle au bois dormant) se conjuguent à un sens inné de cette musique loin de toute mécanique horlogère. La gradation, l’équilibre et les nuances infinies débouchent sur un final (Le Jardin féérique) d’une tendresse bouleversante jusqu’à l’apogée conclusif.
Chauffée à blanc, la Seconde Suite de Bacchus et Ariane d’Albert Roussel devient un arc-en-ciel de couleurs éclatantes où dissonances et rythmes ressortent sans jamais agresser. Jusque-là assis, Plasson se lève de son siège pour le climax de la bacchanale, tenue à bout de bras et vibrante d’énergie.
Après l’entracte, la Suite n° 2 de Daphnis et Chloé développe ses volutes : au pépiement aérien de la superbe petite harmonie répond l’écrin des cordes (Lever du jour) jusqu’à la bacchanale orgiaque savamment préparée, qui déclenche un enthousiasme indescriptible. De longues minutes s’écoulent avec un véritable tour de piste du maître remerciant les musiciens à tour de rôle, avant de se lancer dans un bouquet de bis qu’il présente lui-même.
Éclatante Marche hongroise de Berlioz suivie d’une enjôleuse Valse triste de Sibelius où plane également un sentiment de tristesse, une forme de clin d’œil à l’actuel directeur de l’orchestre, le finlandais Tarmo Peltokoski. Succède une Ouverture de Carmen endiablée dont Plasson a le secret, puis un extrait de L’Arlésienne d’une élégance toute française ; enfin un coruscant Piccadilly de Satie, tel un au revoir d’un humour contagieux.
Entre-temps, plusieurs membres de l’orchestre aujourd’hui retraités s’étaient joints à leurs collègues pour rappeler leur attachement à celui qui a donné ses lettres de noblesse à la phalange toulousaine. La joie et l’émotion sont à leur comble quand le maestro, fatigué mais heureux, s’exclame avoir retrouvé les mêmes sensations que jadis. Un moment historique !
Michel LE NAOUR
Halle aux Grains, Toulouse, 02/07/2026
Claude Debussy (1862-1918)
Prélude à l’après-midi d’un faune (1894)
Maurice Ravel (1875-1937)
Ma Mère l’Oye, Suite (1911)
Albert Roussel (1869-1937)
Bacchus et Ariane, Suite n° 2 (1930)
Maurice Ravel (1875-1937)
Daphnis et Chloé, Suite n° 2 (1913)
Orchestre national du Capitole de Toulouse
direction : Michel Plasson
