Gatti et Capuçon dansent le menuet

Les cordes et les vents de la Staatskapelle Dresden dans l’ouverture des Maîtres chanteurs : la partie paraît déjà gagnée. Du reste, Daniele Gatti dirige fort peu ce début de concert. Tout juste règle-t-il un équilibre, relance-t-il un tempo. Et pourtant, l’exécution porte l’empreinte de sa conception qui échappe – Gott sei dank! – à toute emphase.

On admire le soin apporté aux nuances et à l’étalement de plans sonores d’une superbe clarté. Mais où sont donc passés les personnages ? Pourquoi les thèmes semblent-ils limités dans une élégante réserve ? Voilà une lecture analytique, d’une intelligence vive qui tourne le dos au théâtre.

La pièce suivante échappe, elle aussi, au pompiérisme qui la menace parfois. Pour le Concerto pour violoncelle n° 1 de Saint-Saëns, Gautier Capuçon ne force pas le trait au-dessus d’un accompagnement d’une grande finesse. Sans tensions excessives, la beauté sonore du Goffriller « l’Ambassadeur » du violoncelliste se révèle sur toute la tessiture avec des graves océaniques du plus bel effet.

L’orchestre met en valeur ce bijou, suggère des nuances auxquelles le soliste répond avec une musicalité exquise. Le sommet reste l’Allegretto con moto où Gatti fait le plus charmant des menuets, un moment de grâce ineffable. L’élégance reste de mise avec le bis : Capuçon rejoint le fabuleux pupitre de violoncelles de la Staatskapelle pour interpréter une transcription réalisée par Jérôme Ducros du Duo des fleurs de Lakmé.

Lors de son mandat avec le National de France, le chef italien a pratiqué et enregistré La Mer de Debussy. Une approche plutôt transparente et très analytique qu’on retrouve sous des couleurs un peu différentes. Comment pourrait-il en être autrement avec une formation aussi typée que celle dont il a actuellement la charge ?

On admire sans retenue la texture légère des cordes, les combinaisons de timbres cultivées avec les autres pupitres. Les changements de lumière du premier mouvement trouvent ici des détails inouïs. Si les Jeux de vagues paraissent plus abstraits, c’est qu’ici la comparaison est poussée très loin avec le poème dansé Jeux, postérieur de presque une décennie.

Dans le début du Dialogue du vent et de la mer, on entend les portes du château de Pelléas se fermer dans un grincement menaçant. Dans la coda, le chef lâche sauvagement ses cuivres à la limite de la démesure : un plaisir immédiat qui est aussi une signature germanique quelque peu pittoresque pour le public français.

Retour à Wagner enfin avec une lecture très contrôlée de Prélude et mort d’Isolde. Alors que l’acoustique permettrait de jouer sur l’ouverture infinie de l’espace, Gatti relance sans cesse névrotiquement le discours. Il faut attendre la toute fin pour atteindre un certain apaisement. Ici comme durant toute la soirée, les Saxons subjuguent par une splendeur sans pareil.

Thomas DESCHAMPS

Philharmonie, Paris, 29/05/2026

Richard Wagner (1813-1883)
Die Meistersinger von Nürnberg, ouverture (1862)

Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Concerto pour violoncelle n° 1 en la mineur, op. 33 (1872)

Claude Debussy (1862-1918)
La Mer, trois esquisses symphoniques (1905)

Richard Wagner
Tristan und Isolde, prélude et mort d’Isolde
Version instrumentale (1859)

Gautier Capuçon, violoncelle
Staatskapelle Dresden
direction : Daniele Gatti