Si la création parisienne du Concerto pour cor de Salonen ne laisse qu’une impression de très bel artisanat, le reste du programme dirigé par le chef-compositeur témoigne d’une relation fusionnelle avec sa future formation, tant dans des Debussy où l’orchestre parle sa langue maternelle que dans une Fille de Pohjola de Sibelius à l’idiomatisme renversant.
Concert de l’Orchestre de Paris sous la direction d’Esa-Pekka Salonen, avec le concours du corniste Stefan Dohr, à la Philharmonie de Paris.
Une annonce informe le public que les Quatre Chants paysans russes prévus au programme ne seront pas joués ce soir. Une musique chorale dont l’accompagnement à quatre cors constitue une curiosité qu’on se faisait une joie d’entendre. La soirée débute par conséquent par le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, l’un des piliers du répertoire de l’Orchestre de Paris.
Très différent de celui de l’actuel directeur de la formation parisienne, Klaus Mäkelä, le faune de son futur successeur, Esa-Pekka Salonen, s’anime pour vivre en songe des aventures sensuelles et violentes en alternant longs phrasés et ruptures séquentielles. Le chef revient précédé de Stefan Dohr, le premier cor solo du Philharmonique de Berlin.
Avec son Concerto pour cor, Salonen retrouve un instrument qu’il a étudié durant ses études à l’Académie Sibelius. La plus grande virtuosité traverse cette pièce de vingt-cinq minutes où les citations en hommage abondent : Mozart, Bruckner ou encore Scriabine. Si Stefan Dohr, qui a été associé à la composition, enchante littéralement sa partie (il y a un passage où il doit chanter tout en jouant !), il ne peut empêcher un sentiment de répétition dans le mouvement lent, tandis que dans le dernier, le compositeur sacrifie aux américanismes qu’il affectionne.
La seconde partie du concert débute par une Fille de Pohjola de Sibelius qui semble faite de minéraux en fusion. Salonen met le feu aux pupitres de l’Orchestre de Paris. D’abord sous la cendre avec une sublime introduction aux violoncelles et aux vents. Sous sa baguette ailée, les motifs dansent bientôt sous le vent, avant que ne s’emballe la frustration du barde de la légende face à l’éclatante fille de Pohjola. La résolution de ce mouvement fantastique prend forme dans un enfouissement où ne demeure plus que le registre le plus sombre de l’orchestre. Violoncelles et contrebasses suggèrent de manière hypnotique le tombeau de l’éternité.
Après cette transe exceptionnelle, La Mer de Debussy paraît un rien plus banale – le fait aussi de sa fréquence au concert. Salonen y met pourtant le même mélange de rigueur et de fluidité tandis que la formation parisienne traduit d’un battement d’ailes les moindres nuances et frémissements. Toutes les irisations conduisent naturellement à l’embrasement final.
Thomas DESCHAMPS
Philharmonie, Paris, 02/04/2026
Claude Debussy (1862-1918)
Prélude à l’après-midi d’un faune (1894)
Esa-Pekka Salonen (*1958)
Concerto pour cor (2025)
Jean Sibelius (1865-1957)
La Fille de Pohjola, fantaisie symphonique op. 49 (1906)
Claude Debussy
La Mer, trois esquisses symphoniques (1905)
Stefan Dohr, cor
Orchestre de Paris
direction : Esa-Pekka Salonen
