Pour le deuxième concert de sa résidence au TCE, le Quatuor Diotima s’intègre au festival Présences de Radio France en proposant la création du Quatuor n° 2 d’Aperghis dont la manifestation fête le 80e anniversaire. En complément de programme, Beethoven et Schubert (avec la complicité de Victor Julien-Lafferière) démontrent si besoin était la versatilité de la formation.
Concert du Quatuor Diotima avec le concours du violoncelliste Victor Julien-Laferrière au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
Les Diotima ouvrent cette soirée avec le Quatuor n° 1 de Beethoven. Leur équilibre et leur égalité font merveille dans l’Allegro initial, prestement enlevé. Dans le superbe Adagio, au lyrisme stylé de Yun-Peng Zhao répond le cantabile élégant d’Alexis Descharmes. Les quatre compères trouvent la respiration juste, presque miraculeuse de ce mouvement parsemé de silences qui sont autant de points nodaux du discours. Sous leurs archets, le Scherzo allie précision rythmique à une certaine saveur populaire. Le complexe Allegro conclusif se balance entre invention et forme, avec un foisonnement rythmique à la fluidité exemplaire.
Le programme se poursuit, non sans lien, avec la création mondiale du Quatuor n° 2 de Georges Aperghis. Un tout récent entretien avec Christian Merlin dans Le Figaro nous a appris que le compositeur considère que Beethoven l’a beaucoup aidé dans sa vie de musicien : « c’est un vieux compagnon ». Les Diotima, qui avaient déjà créé son Quatuor n° 1 (2023), ont très opportunément encouragé le compositeur à étendre son écriture chambriste à l’utilisation de la parole qui est un des marqueurs indéniables de son univers.
D’une durée de vingt minutes, la nouvelle partition commence ainsi par une conversation, incompréhensible car constituée de phonèmes. Bientôt, les instruments se substituent aux voix dont ils imitent avec une virtuosité étourdissante les inflexions, le plus souvent dans un registre aigu. Les syllabes deviennent des mots, mais guère plus. Les voix parlées des musiciens reviennent en alternance, avant qu’elles ne s’entrelacent aux sons de leur instrument. La variété des attaques et des phrasés s’accompagne d’une palette rythmique jamais lassante, jusqu’à la fin en forme de pied-de-nez.
Après l’entracte, retour au chant le plus pur avec le Quintette à deux violoncelles de Schubert. L’invité, Victor Julien-Laferrière, se fond avec naturel dans la sonorité collective. La cohésion est partout, entre les deux violons, entre les deux violoncelles, avec comme point de relais l’alto de Franck Chevalier. Les musiciens servent sans ostentation la densification du propos du premier mouvement, avec ses interrogations beethovéniennes, avant de donner un Adagio sublimement respiré.
Son cœur en forme de choral pulse sans pathos, les violoncelles répondent au premier violon, et bientôt Julien-Laferrière s’élance avec une gravité bouleversante. Les musiciens n’oublient nullement le chant dans un Scherzo intense dont le trio forme une incise autant méditative que troublante. Le Finale en forme de rondo-sonate montre les cinq complices dans un vertige tzigane chaleureux.
Alexis Descharmes annonce enfin, avec malice, en raison d’un concert « un petit peu court » un bis : une très réussie transcription du Lied Nacht und Träume de Schubert, réalisée par Léo Marillier, le second violon du Quatuor Diotima.
Thomas DESCHAMPS
Théâtre des Champs-Élysées, 05/02/2026
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Quatuor à cordes n° 1 en fa majeur, op. 18 n° 1 (1799)
Georges Aperghis (*1945)
Quatuor à cordes n° 2 (2025)
Franz Schubert (1798-1828)
Quintette à deux violoncelles en ut majeur, D. 956( 1828)
Victor Julien-Lafferière, violoncelle
Quatuor Diotima
Yun-Peng Zhao, violon I
Léo Marillier, violon II
Franck Chevalier, alto
Alexis Descharmes, violoncelle
