La Walkyrie enfumée

Nouvelle production de La Walkyrie de Wagner dans une mise en scène de Calixto Bieito et sous la direction de Pablo Heras-Casado à l’Opéra national de Paris.

La Walkyrie enfumée

Après la déception de L’Or du Rhin, Calixto Bieito avait encore droit au bénéfice du doute. Ce n’est plus vraiment le cas après avoir subi les errements de sa Walkyrie. Si la direction musicale en dents de scie de Pablo Heras-Casado peine à tenir en haleine, la Brünnhilde de Tamara Wilson est en revanche bien engagée sur la voie de l’exploit.

Opéra Bastille, Paris – 18 novembre 2025 – Mehdi Mahdavi

La première journée de ce nouveau Ring de l’Opéra de Paris ne dissipe ni les craintes ni la perplexité provoquées par le Prologue présenté l’hiver dernier. Désormais soumis à une incapacité chronique à se renouveler, Calixto Bieito déroule une dramaturgie prévisible, centrée sur les « grandeurs et misères du Big Data dans un monde post-apocalyptique », où l’air est devenu si irrespirable que masque à gaz et bouteille d’oxygène semblent obligatoires.

Sieglinde apparaît couverte d’ecchymoses : son mari, qui fantasme une posture de chef autoritaire, la bat. Elle est aussi enceinte jusqu’aux dents dès le deuxième acte. Siegmund tire Nothung on ne sait d’où, peut-être même de la plaie béante qui lui rougit le ventre. Fricka, peroxydée et figée par la chirurgie esthétique, se tord dans tous les sens, tandis que Wotan ne quitte jamais sa robe de chambre. Quant à Brünnhilde, elle passe soudain de la fillette en robe perchée sur un cheval-bâton à une adulte sombre vêtue d’un débardeur et d’un pantalon de combat noirs.

La dislocation du décor frontal de Rebecca Ringst après la Chevauchée laisse enfin entrevoir son potentiel architectural, mais le déballage par Wotan d’une série de masques à gaz parasite la confrontation finale avec Brünnhilde. L’ensemble, nourri d’idées parfois saugrenues et noyé dans la fumée, n’augure rien de très prometteur pour la suite du cycle.

Pablo Heras-Casado ne parvient pas à compenser cette indigence théâtrale. Le premier acte manque cruellement de nerf et de continuité. Le second tient mieux, la tension y est plus stable, mais elle retombe vite, en particulier à cause d’une disposition affaiblissant la projection des huit Walkyries. Les beautés sonores de l’orchestre ou l’engagement du plateau ne suffisent pas à masquer les limites d’un spectacle qui promettait davantage.

L’indisposition prolongée d’Iain Paterson laisse planer la question de son remplacement dans Siegfried en janvier. James Rutherford, malgré un engagement probe, demeure insuffisamment projeté pour la salle de Bastille, surtout placé dans le sillage jugé glorieux de Christopher Maltman, qui avait sauvé les deux premières représentations.

Stanislas de Barbeyrac, premier Siegmund français depuis très longtemps, suscite beaucoup d’enthousiasme. Malgré un timbre ombré encore juvénile et un phrasé animé, il peine pourtant à résoudre le passage, ce qui limite l’impact du haut de la tessiture, déjà plafonné, et compromet sa capacité à poursuivre trop loin dans le répertoire wagnérien, à l’exception possible de Parsifal.

Les trois principales voix féminines partagent en revanche une belle clarté dans le registre aigu. Ève-Maud Hubeaux livre une Fricka au relief essentiellement nourri par son tempérament. Victime de la mise en scène, la Sieglinde d’Elza van den Heever rayonne dès qu’elle atteint les sommets, ce qui arrive assez tard dans la soirée. Tamara Wilson, enfin, offre une Brünnhilde d’une fraîcheur, d’une aisance et d’une endurance impressionnantes, avec des appels initiaux d’une intensité jubilatoire. On attend son réveil avec impatience.

Fiche de production :
Opéra Bastille, Paris – 18 novembre 2025 – Mehdi Mahdavi
Richard Wagner (1813-1883), Die Walküre, première journée du Ring (1870)
Livret du compositeur
Orchestre de l’Opéra national de Paris
Direction : Pablo Heras-Casado
Mise en scène : Calixto Bieito
Décors : Rebecca Ringst
Costumes : Ingo Krügler
Éclairages : Michael Bauer
Vidéo : Sarah Derendinger

Distribution :
Stanislas de Barbeyrac (Siegmund)
Günther Groissböck (Hunding)
James Rutherford (Wotan)
Elza van den Heever (Sieglinde)
Tamara Wilson (Brünnhilde)
Ève-Maud Hubeaux (Fricka)
Louise Foor (Gerhilde)
Laura Wilde (Ortlinde)
Marie-Andrée Bouchard-Lesieur (Waltraute)
Katharina Magiera (Schwertleite)
Jessica Fadela (Helmwige)
Ida Aldrian (Siegrune)
Marvic Monreal (Grimgerde)
Marie-Luise Dreßen (Rossweisse)


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